Afro Inspiration : A.K.O, un rappeur crossover

Nous sommes partis à la rencontre de A.K.O d’un artiste hors-norme.  Le nominé au MBOA AWARDS 2010 s’est entretenu avec nous à l’occasion de la sortie de son dernier projet KING’S GENERATION.

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Bonjour A.K.O, présentez-vous à nos lecteurs  

 Toc toc ! Bonjour à toute la communauté #AfroKan ! How you doin » ? Mmmm… Ako Eta Agbor c’est un gars de Mamfé (Sud-Ouest Cameroun) qui vit à Douala (Cameroun). 1m60 d’énergie et de passion dans tout ce en quoi il croit. Un esprit ouvert et une âme qui vit son voyage sur terre avec toute la gratitude possible. J’aime tout ce qui se « tchop » avec du piment comme on dit ici au pays (rires). Disons que j’ai commencé à poser en 1998. Impressionner les filles, jouer au dur, l’époque des baggys et grosses baskets, c’est ce qui me motivait (rires). Puis on a grandi, quelques petites scènes ici et là, un street-album nominé au Mboa Awards en 2010, je fais la rencontre d’un collectif de jeunes créatifs avec qui on pense un projet ambitieux. Produire une musique de qualité et la redistribuer gratis. C’est ce projet qui m’offre la possibilité de m’exprimer sur la plateforme d’Afrokanlife aujourd’hui.

Dites-nous un truc sur votre ville de résidence que nos lecteurs ignorent surement  ?

J’ai toujours eu une appréciation mitigée de la ville de Douala. Quand tu rentres dans cette ville, deux choses te frappent de suite : sa douceur (les filles, la bouffe) et son agressivité (la chaleur et les ambiances bruyantes).

D’où vous est venu le nom A.K.O ?

Au début de mon aventure dans le milieu du rap, je ne me sentais pas très à l’aise avec les pseudo, les alias et tout. Aucun n’allait vraiment avec ma personnalité. J’ai donc juste eu l’idée de garder mon prénom « Ako » et de rajouter des points pour faire genre « é-ké-o » (Rires). 

Comment qualifieriez-vous votre style musical ? 

Je ne vais pas prétendre être différent de ce que vous avez l’habitude d’entendre. I am what people call a “crossover artist”. Je rappe, je chante (sur des refrains surtout). J’associe mes multiples expériences sonores personnelles à la musique que j’offre au public. Je porte une attention particulière à l’élégance lyricale et à la beauté des mélodies. Je suis en fait plus architecte qu’autre chose…

Si on dit que vous faites du rap conscient est-ce juste ou bien réducteur ?

Qu’est-ce que le rap « conscient » en réalité ? À la base se demandait-on si le rap pouvait être autrement que conscient ? Les gens ne savent peut-être pas que le mouvement hip-hop c’était 2, 3 gars qui voulaient chauffer leurs fêtes de quartier avec un Mic et des scratchings sur vinyles. À la base, c’était une musique festive. Puis c’est devenu un moyen d’expression comme tout autre style d’art. Y a-t-il un « zouk conscient » ou une « pop consciente » ? 

Stromae ferait de la pop consciente alors (Rires) ? Naan, je suis juste un être humain qui s’exprime, tu vois. J’accompagne celui/celle qui m’écoute dans le film de sa vie, je suis son « soundtrack ». Tu veux te laisser aller, j’ai quelque chose pour toi. Si au contraire, tu veux te poser et réfléchir, je suis aussi ton homme. Je ne suis ni un saint ni un démon. Juste un humain ni trop conscient, ni trop partymaker (Rires). Après chacun se fait son opinion, mais attendez d’écouter le projet final, vous jugerez mieux. Je suis à peu près ce qu’exprime la fameuse cover.

Avez-vous des modèles dans le milieu musical du moins des inspirations ?

La société dans laquelle j’évolue m’inspire. Les gens et leurs problèmes, leurs joies. J’observe beaucoup. Côté musical, au départ j’étais blasé par les ténors du mouvement. Eminem, Jay, Wu-Tang, Krotal, Pac et surtout Biggie. Maintenant que je les considère plus comme des pairs, j’admire leur taff comme on admire celui d’un collègue. Mais bon, en ce moment Kendrick (Lamar) représente ce qui se fait de mieux considérant l’époque dans laquelle on vit. Au niveau de l’amour de la qualité sonore j’étudie beaucoup ce que faisait André Marie Talla et j’écoute beaucoup, beaucoup de old makossa.

On lit sur Rap Genius que » A.K.O est un compétiteur, il ne s’essoufflera pas, il n’abandonnera pas tant qu’il n’aura pas atteint le sommet » à quoi représente le sommet pour A.K.O ?

Le Hip hop est un art compétitif. On ne rappe pas pour ses cousines, on rappe pour que le public te considère comme le meilleur dans ce que tu as à offrir ! I won’t get mad if they don’t, you know, mais j’ai ça en esprit quand je créé. Quel que soit le domaine, on est toujours motivé par deux choses : se surpasser individuellement et réussir ce qu’on entreprend aux yeux du monde. Pour les esprits créatifs, » LE » sommet n’existe pas. Des oasis, des haltes, oui ; mais le point final, tant qu’on est vivant, non. Basically, I’m more concern about the process, than the end. C’est pourquoi tant que j’en aurai la force, je n’arrêterai pas de faire ce que je fais.

Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis Le Prologue en 2009 ?

Mmmm… On va dire la vision que j’ai de la musique ainsi que l’image de moi que je veux donner au public. Je suis plus patient et plus exigeant sur la qualité qu’avant. J’enregistrais un morceau aujourd’hui, je voulais l’entendre demain dans toutes les radios. Mon équipe et moi sommes sur ce projet depuis bientôt 5 ans, par exemple. Je découvre au jour le jour à quel point il se bonifie. Il ne sera peut-être pas parfait, mais nous nous serons rapprochés de ce qu’on souhaite offrir au public.

Le fait religieux occupe une place non négligeable dans les paroles et les titres. Que souhaitez-vous exprimer à votre public ?

Dans l’univers musical mainstream, on aborde rarement les sujets poignants que sont la politique, la spiritualité. On préfère le sexe et la » teuf » (Rires). C’est pas mal, mais j’aime les challenges. Je trouve injuste qu’il n’y ait pas d’équilibre. On est tous un peu religieux, non ? On croit tous en quelque chose. Pourquoi ne pas l’exprimer ? Je veux que les gens assument et expriment leurs joies, leurs doutes, leurs espoirs, leurs croyances un peu plus souvent. To me, that’s how we can add something relevant to this world. C’est vrai que ça doit rester du divertissement après tout, voilà pourquoi on rajoute quelques notes mélodieuses de guitare à nos lyrics (Rires).

a.k.o.

Parlez-nous du processus créatif derrière » Carry Me » avec Sheno, les chœurs ?

Philjohn maayyyne! This guy’s just a genius! En fait, il est parvenu à créer une atmosphère qui m’a permis d’expérimenter une facette de mon écriture. Au début, je voulais faire un titre à la » Jesus Walks” de Kanye. J’ai trouvé un titre des Chorus Singers sur Youtube, une magnifique chorale de la ville. J’ai proposé à Phil de sampler le refrain et de rajouter quelques notes de piano, puis de le rendre cadencé. Quelques mois plus tard, Sheno, un autre talent fou, a posé ses voix en studio au moment même où il a écouté le titre… Maestro Massoma Joseph, qui a écrit la partition du chant de la chorale, était en émoi quand je lui ai présenté le travail final. Après vous, connaissez la suite.

Pour Shalom vous nous plongez dans un autre univers, pouvez vous nous partagez votre vision ? 

« Sur l’autel de la poursuite des richesses éphémères, nous sacrifions notre paix intérieure et oublions le pardon, manquant par la même occasion les opportunités de bonheur qui peuvent s’offrir à nous… » Je crois que c’est l’explication de la ligne “Eye for an eye makes the whole world blind” sur RapGenius. En fait, c’est également la meilleure façon de comprendre » Shalom ». On poursuit l’argent, la réussite, en chemin on écrase tout et on oublie le bonheur des choses simples, alors qu’on pourrait simplement se poser de temps à autre et rentrer en harmonie avec soi-même. Bon c’est vrai que j’rajoute un peu d’égotrip sec après, mais bon… (Rires)

Comment s’est faite la collaboration avec les 5 différents producteurs ?

Oh moi, je travaille la plupart du temps avec des gens que je parviens à sentir humainement. Dj T-Bo et moi, c’est depuis un bout déjà. On a tous commencé au Big Boss Ent. Il apprenait à mixer moi j’apprenais à rapper (Rires), ça n’a pas été difficile de le convaincre de se lancer dans cette aventure. Sid c’est mon » gars des States » (Rires), je le secoue souvent un peu, mais bon, il n’hésite jamais à m’apporter son expertise dans la composition musicale. Philjohn et la petite Cheetah ce sont mes perles. Ils sont tellement talentueux, que j’ai même honte de les exploiter autant (Rires). Ils ont la rage de prouver qu’ils sont au-dessus de la mêlée, je n’ai fait que leur offrir une humble opportunité de le faire. Bouvier, c’est particulier, il a perdu sa maman durant la réalisation du projet. On s’est serré les coudes, on a persévéré et on a pu aboutir à quelque chose. Ces gars, c’est ma famille au-delà du fait qu’on travaille ensemble. I’m just blessed.

Au sujet de la cover de l’album qui présente un prêtre entouré d’objets peu commun pour sa position. Expliquez nous ce que vous avez-voulu exprimer par cette représentation ?

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