The Black Portraiture et la sapologie, nous y étions !

Paris, 20 janvier 2013, rendez-vous à 10h30 devant les portes du musée du Quai Branly pour la dernière journée de « The Black Portraiture » consacré à la sapologie.

L’allocution de Lydie Diakhaté de k’a yéléma production donne le ton de l’évènement qui porte un regard nouveau sur l’image Afro. Cette journée est l’occasion d’apprécier le travail réalisé par différents auteurs afin que la communauté afro se réapproprie son image. Pour cela, deux documentaires sont présentés aux spectateurs.

Lydie diakhaté à Black Portraiture(s)
Lydie Diakhaté à Black Portraiture(s) | crédits photo Soraya Plum

Le premier film, LES PRINCES NOIRS DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS réalisé par de Ben Diogaye Beye, est une satire sur les jeunes chômeurs africains essayant de vivre d’une manière assez originale dans la capitale française.

PRINCES NOIRS DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÈS (LES)
PRINCES NOIRS DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÈS (LES)

Ce court-métrage nous plonge directement dans une ambiance, celle des percussions et des vêtements colorés. Nous sommes au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés, ce qui est plutôt inhabituel dans le cinéma africain. La caméra suit un jeune homme dans son parcours urbain, il marque le rythme avec son parapluie, c’est presque une chorégraphie qui nous est proposée, ponctuée par des images du quartier huppé. Des silhouettes d’hommes noirs toujours très élégants, bien plus que les autres individus, se distinguent dans la foule. Chacun a son style, le spectateur est attiré, le ton est donné. La séduction, l’image de soi, rien n’est laissé au hasard dans cette obsession du soi.

Ce court métrage est une très bonne introduction au second documentaire « THE IMPORTANCE OF BEING ELEGANT» réalisé par George Amponsah sur le quotidien de l’artiste papa Wemba.

THE IMPORTANCE OF BEING ELEGANT
THE IMPORTANCE OF BEING ELEGANT

En effet, même si l’histoire de la sape commence dès le retour au pays des anciens combattants congolais, les étudiants congolais de Saint-Germain sont un maillon indéniable de ce mouvement sans cesse grandissant. Papa Wemba lui-même, qui fût initié par les leaders du mouvement de l’époque au Congo, donne une dimension internationale à la sapologie grâce à ses chansons. Papa Wemba s’inscrit dans la lignée de ceux qui louent les bienfaits de l’occident et incitent les congolais à migrer vers l’Europe.

Après l’assassinat du président Mobutu, des milliers d’entre eux ont l’occasion de venir en Europe. De Paris, à Bruxelles jusqu’à Londres, les sapeurs dépensent sans compter. Le budget alloué aux vêtements est énorme, au détriment souvent de leurs propre qualité de vie.

Le documentaire nous apprend que ce mode de vie n’est pas forcément apprécié des aînés congolais et que les sapeurs sont considérés comme des voyous par certains.

L’année 2003 est une année charnière pour Papa Wemba où il est d’une part à son apogée dans la musique et d’autre part emprisonné pendant 4 mois à la prison de Fleury Mérogis. De cette expérience douloureuse, il évoque la solitude de sa cellule et comment Dieu, à travers Jésus Christ, l’aide à supporter ses mois d’incarcération.

Malgré cette image de voyou, Papa Wemba représente un espoir de réussite aux yeux de tous les congolais mais aussi au regard de nombreux africains. Ses actions en tant que sapeur ou chanteur entraînent beaucoup de jeunes immigrés à suivre son exemple. Certains sont prêts à payer très cher pour recevoir une dédicace, quelques secondes de gloire où ils entendront Papa Wemba citer leur nom dans l’une de ses chansons.

Ce documentaire très réussi laisse à chacun la possibilité de se faire sa propre opinion. Dès les premières minutes, ce film résonne en moi. D’abord à travers la musique, ayant été baignée dans la culture congolaise en Belgique durant mon adolescence. Ensuite, tout me semble si réel, les souvenirs remontent à la surface et je suis envahie par l’émotion. Beaucoup de choses prennent alors un sens pour moi. Je me retrouve gamine, mon beau père congolais me prend par la main, regarde, c’est Papa Wemba ! Il est fou de joie. Je n’avais pas compris à l’époque ce que cela pouvait représenter pour lui. Ce documentaire aurait-il eu le même sens pour moi si je n’avais pas moi-même vécu ce phénomène de la sapologie ? Cette période de ma vie m’aura donné la plus belle des leçons de vie, celle de la tolérance.

À travers la sape, c’est bien plus que son image, que la communauté congolaise cherche à sauver, c’est aussi sa dignité. Car derrière la futilité du vêtement, c’est la reconstruction d’un modèle de vie. Après avoir tout laissé au pays, souvent des vies pour certains plus que confortables, ils se retrouvent, ici jugés, incompris et blessés. Les mains ne sont pas toujours tendues. Pourtant, ils gardent toujours la tête haute. Les vêtements de couturier sont un peu de ce rêve européen qui les aide à avancer.

Un article rédigé par Sixtine, parisienne en herbe.

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