La Côte d’Ivoire remporte la CAN 2015 en battant le Ghana

Comment remporter une finale quand on est habitué ces dernières années à toujours passer à coté ? Avec quels armes déstabiliser l’adversaire quand ce dernier est d’un niveau égal ? Ces deux paramètres animaient l’avant-match de cette finale de CAN 2015 afin de dégager un favori naturel. Mais dans le match, ça a donné quoi ?

La stratégie

Hervé Renard, l’homme à la chemise blanche…et au chasuble rose, a préparé son équipe de la même manière que pour la demi-finale victorieuse face à la RDC. C’est à dire un 3-4-3 avec trois stoppeurs, Bailly, Kolo Touré et l’une des révélations du tournoi Wilfried Kanon. Les deux latéraux Aurier et Tiéné occupaient l’intégralité des flans droit et gauche. A la récupération,Serey Dié et Yaya Touré qui sont montés en puissance au fur et à mesure de la compétition. Enfin, une ligne de 3, Max Gradel, Wilfried Bony et Gervinho. A noter que le gardien Copa Barry sur le banc depuis le début de la quinzaine était aligné dans les buts aux dépens deGbouho. Un choix étonnant à plus d’un titre…

Du coté d‘Avraham Grant, le lucky looser israélien, la confiance pour le 4-2-3-1 qui a donné quatre victoires en quatre matchs était naturellement de sortie. Harrison Afful, une autre révélation de la CAN arrière droit. Abdul Baba latéral gauche. La charnière centrale Boye-Mensah qui elle aussi reste sur quatre victoires consécutives, était bien là. Au milieu, la paireAcquah et Wakaso qui ont démontré être le meilleur duo dans ce système. Plus haut, les 3 fantastiques Atsu, Kwesi Appiah et André Ayew. Dans l’axe retour du numéro 3 légendaire,Asamoah Gyan.

Le match

Dès les premiers instants de la rencontre, le ton était donné par les éléphants ivoiriens.Gervinho avait les jambes en feu et son activité débordante perturbait la défense du Ghana. Deux corners et trois accélérations plus tard, la Côte d’Ivoire avait sa première occasion par l’intermédiaire de Serge Aurier. Yaya Touré tirait un cop franc proche des 16 mètres 50 ghanéen sans souci pour Braimah, le portier du Ghana. Gradel se signalait aussi au quart d’heure de jeu pour une frappe hors cadre. Complètement déboussolés, les Black Stars devait mettre le pied sur le ballon… et les chevilles adverses pour arrter la montée en régime des ivoiriens. Bony n’avait pas beaucoup de ballons exploitables.

Alors que le Ghana n’avait pas effectué le moindre tir, Atsu s mettait sur son pied gauche et sortait une frappe que Barry ne pouvait pas repousser. Oui mais son poteau le pouvait… Le Ghana mordait plus dans la balle, mais la Côte d’Ivoire restait dangereuse par Bony ouGervinho. A la 35ème minute, Atsu rentrait dans la surface ivoirienne et centrait en retrait pour… le petit filet. Dans la foulée, André Ayew en bout de course ratait son centre, mais ce dernier terminait tout de même sur le poteau de Barry, verni sur ce coup là… Wakaso ratait un coup franc en l’enroulant trop pendant qu’Hervé Renard bougeait ses joueurs, trop peu impliqués depuis quelques minutes. Gradel réalisait le dernier joli geste en effaçant Acquah, mais pour les gants de Braimah au final. Mi-temps 0-0.

En seconde période les Black Stars démarraient très fort. Appiah et Atsu mettaient la panique dans la surface pour deux ratés au moment du dernier geste. Gyan bien décalé par Atsuenvoyait une magnifique demi-volée…trop enlevée. Sur un coup franc pour le Ghana, Bailly etBoye se chauffaient en tête-tête mais l’arbitre Monsieur Gassama les calmait direct avec deux cartons. Alors que Yaya Touré manquait de précision dans ses coups de pieds arrêtés, le match était incroyablement équilibré. On le craignait… Les minutes passaient, beaucoup d’engagement mais presque pas d’espaces et par conséquent pas d’occasion….

Dans le dernier quart d’heure, les ivoiriens essayaient de forcer la décision par Tiené  mais surtout par Bony. L’avant-centre déménageur obtenait un jaune pour un excès d’envie, dira-ton sur AppiahWakaso ratait encore un coup franc bien placé. Ça sentait la prolongation à plein nez mais Aurier envoyait un bon centre dans la surface ghanéenne mais aucun éléphant ne déviait la balle dans les filets de Braimah qui était tout heureux de récupérer le ballon. Trois minutes de temps additionnel ne changeront rien, on allait tout droit vers une belle prolongation des familles.

La prolongation

Alors que Doumbia avait remplacé Gradel pour le dernier  quart d’heure de la rencontre, les ghanéens continuaient avec le même onze. Atsu, toujours aussi virevoltant lâchait une belle mine mais hors du cadre. Les Black Stars remettaient la pression sur corner mais sans succès dans la finition. Acquah illustrait cette lacune sur une frappe dans les tribunes. Jordan Ayewprenait la place de Kwesi Appiah, émoussé depuis la seconde période. Mais franchement, il se passait pas grand chose… La seconde mi-temps de 15 minutes étaient du même acabit, le seul intérêt était de voir les remplacements des deux sélectionneurs. Conscients que la loterie des tirs aux buts allait désigner le vainqueur, ils décidaient de lancer respectivement Agyemang Badu et Archeampong pour le Ghana et Kalou puis Tallo à la place de Gervinho et Asamoah Gyan notamment…

Les pénos

Toute série de pénaltys est particulière et sans commune mesure avec n’importe quelle autre. C’est le charme de cet exercice. Tellement de paramètres peuvent changer le cours des choses… Pour le premier, Wakaso prenait Barry à contre pied pendant que Bony envoyait un missile sur la barre. Premier coup de thatre.1-0 pour le Ghana. Second tireur, Jordan Ayewsans trembler. Tallo rentré deux minutes auparavant manquait le cadre. 2-0 pour le Ghana. Accra était en folie… Acquah s’élançait et tergiversait. Copa Barry repoussait la tentative.Aurier ne ratait pas l’aubaine. 2-1 pour le Ghana. Archeampong donnait définitivement un vent de folie à cette séance en loupant son péno. Doumbia y allait de sa frappe surpuissante pour égaliser 2-2. Copa Barry commençait son show.

Une subite crampe le terrassait. 2 minutes après, il se relevait et chauffait André Ayew avant son essai. Le marseillais ne se faisait pas impressionner et redonnait l’avantage aux siens. L’autre star du soir, Yaya Touré marquait le sien 3-3. Mensah et Kalou continuaient le chassé-croisé. 4-4. Badu et Kolo Touré, statu quo. 5-5. Afful et Kanon ? Idem 6-6. Pour Baba et Bailly, pareil que les petits copains. John Boye s’élance. Ok c’est bon… Et non, sans problème.Serey Dié expédiait son péno également. 8-8. Et maintenant les gardiens… Braimah, peu habitué à l’exercice se déchirait et ratait son essai. Ou plutôt Barry le stoppait brillamment. Cependant, au moment de se relever, le gardien ivoirien grimaçait. Coup de bluff ou réelle crampe ? Comme quelques minutes auparavant, il finissait par se relever et se présentait face àBraimah. Comme un grand, le gardien maudit délivrait tout un pays en le transformant. Victoire finale sur le score de… 9-8 !

L’analyse

Qu’on se le dise, cette finale de CAN ne restera pas dans les annales sur le plan du jeu. Très fermée la rencontre a peiné à s’emballer. Comme on pouvait le craindre, personne n’a réussi à prendre le dessus sur l’autre en 120 minutes. A l’exception peut-être des 15 premières minutes pour la Côte d’Ivoire, et encore… Sur les stats, la possession est presque équitable avec un 53-47 pour le Ghana. Le pourcentage de duels remportés montre une quasi-égalité 51-49 en faveur des ivoiriens. Pour les tirs, on touche un cruel problème. 16 coté Black Star et 7 pour les éléphants. Au final, un seul cadré en 23 tentatives. Ok on a eu deux poteaux, mais c’est très peu. Trop peu… Les centres réussis frolent le ridicule avec 3% de réussite coté Ghana et 8% pour les hommes d’Hervé Renard. Pour les fautes, plus de 50 en 120 minutes. Une moyenne d’une toute le 2 minutes 15, beau ratio…  On le voit ici aussi, tout s’est joué sur un détail…

Individuellement, un nom restera gravé à jamais: Copa Barry. Habitué de toutes les compétitions internationales avec les éléphants depuis 2006, il avait perdu sa place en début de tournoi. Son remplaçant, Gbouho a réalisé une CAN 2015 de grande qualité, mais pour la finale, c’était l’ancien maudit de l’Académie Guillou qui était titularisé. Si il a vu deux fois les montants le suppléer, il n’a pas été sollicité plus que ça durant les 120 minutes. Mais son rôle déterminant dans cette séance de tirs aux buts victorieuse lui donne le rôle d’homme du match de la finale.

Autour de lui, la défense a bien tenu son rôle avec un Kolo Touré retrouvé. Kanon et Bailly ont assuré autour du joueur de Liverpool. Coté droit, Aurier a beaucoup débordé sans grande réussite, mais il a eu le mérite de ne rien lâcher et marqué son péno à un moment crucial.  Tienéa été plus effacé et son remplaçant Kalou a juste eu le temps marquer le tir au but du 4-4. Au milieu, Dié a paru moins à l’aise que durant tout le tournoi. Néanmoins, il reste un élément clé de sa sélection. La star, Yaya Touré a joué 120 minutes sans relief particulier. Son bilan final sera moyen plus… En attaque, Bony a déçu sans parler de son échec au péno. Gervinho a bien débuté mais il a peiné à retrouver son second souffle. Enfin, Gradel a vraiment quelque chose, dommage qu’il n’ait pas pu montrer toute l’étendue de son talent.

Le bilan est forcément moins bon pour les Black Stars, car la défaite est au bout. Cependant, très peu de choses peuvent être reprochés aux hommes de Grant. Afful a continué de jouer à un excellent niveau, Baba et la défense centrale n’a presque jamais été en véritable danger. Les milieux Acquah et Wakaso ont été comme à l’accoutumé infatigables et travailleurs pour le collectif. Atsu a définitivement montré qu’il est un excellent joueur qui mérite mieux que le banc d’Everton. A chacune de ses prises de balle, il se passe quelque chose. Révélation de l’attaque ghanéenne, Kwesi Appiah n’a pas su élever son niveau de jeu pour laisser une empreinte sur la finale. André Ayew a fait ce qu’il a pu avec un poteau notamment. Revenu pour ce dernier match, Asamoah Gyan n’a pas pesé comme il le souhaitait sur le cours de cette finale.

Premiers enseignements

En remportant cette seconde CAN en quatre tentatives, la Côte d’Ivoire finit par être sacrée et ses joueurs qui manquaient d’une reconnaissance continentale, vont être comblés. Hervé Renard continue sur sa lancée victorieuse en Afrique. Désormais, plus personne ne peut douter de son potentiel. Au terme d’un parcours remarquable où ils ont successivement battu le Cameroun, l’Algérie et le Ghana, les éléphants ivoiriens méritent cette consécration en dépit de cet écart infime au tableau d’affichage. Pour le Ghana, le retour sera dur et tortueux. Car se relever d’un tel échec alors que le trophée pointait le bout de son nez demandera forcément du temps. Un temps que la Coté d’Ivoire va passer à faire la fête. Chacun ses priorités…

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