Critique de Patients De Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Dans la clairière d’un petit bois de banlieue, quatre jeunes hommes en fauteuils refont le monde avec sincérité, ils passent en revue leurs vies brisées par un destin bien trop cruel pour les avoir frappés si jeunes. Ils philosophent, s’accrochent à des espoirs qui semblent si précaires, se chambrent et puis s’engueulent, se plaignent et se consolent, tentent de positiver puis se morfondent dans leur triste situation. Il y en a un qui a les yeux qui baignent dans ses larmes, il le dissimule bien, mais seule l’obscure clarté le trahit quand il lève les yeux vers le ciel “Comment tu veux fonder une famille quand ton seul projet dans la vie c’est d’apprendre à tenir une fourchette pour manger ?”.

Ce film est avant tout une rencontre entre des gueules cassées à qui la vie n’a pas souri. Réunis dans un centre de réadaptation en Seine et Marne, “traumas crâniens” “para” et “tétra” se côtoient au quotidien pour réapprendre les gestes du quotidien, se lever, manger, téléphoner, se déplacer. Des étincelles se créent entre les pensionnaires, tous portent en eux un poids que la pudeur ou la fierté défend de dévoiler, et pourtant ce ne sont pas les beaux sentiments qui font défaut, alors ils se chambrent, roulent des pétards ensemble, se moquent des chanteurs de variété ou font l’hôpital buissonnier dans une fugue à 50m de l’établissement. Leurs corps brisés éprouvent la souffrance au quotidien et pourtant c’est n’est que de l’humanité qui jaillit devant l’objectif. Plus qu’une simple histoire d’amitié, c’est avant tout un récit qui traite de fraternité, un sentiment si rare mais puissant, que l’on ne peut éprouver qu’à travers de grandes épreuves.

Ce qui frappe d’emblée le spectateur, c’est une caméra extrêmement pudique qui filme sous tous les plans les personnages, faisant ressortir leurs griefs ou leurs états d’âmes, donne de la profondeur à leurs regards et de l’histoire à leurs cicatrices, sans jamais se montrer intrusive. Cette approche pleine d’égard n’empêche cependant pas des travelling judicieux et des jeux de mise au point adaptés à une narration qui plonge son public dans une immersion parfaite tant chaque scène a une portée symbolique et scénaristique, et chaque personnage une histoire à raconter. Jonglant habilement entre instants de complicité et brusques retours à la réalité, le propos n’est pas manichéen au contraire, il est réaliste, gris comme le quotidien et pétillant comme une vanne bien placée.

Patients est tout simplement un énorme moment de cinéma porté par une bande-son aux petits oignons (NTM, Eminem, Nas, Tonton David, etc…), qui vous prend aux tripes avec ses scènes de vie justes incroyables (la première virée de Ben en fauteuil roulant, l’escapade nocturne, le générique de fin aux notes de synthé qui foutent le frisson). On rit, on pleure, on détourne le regard, on exulte, bref, une belle claque cinématographique.

Sortie le 1 mars 2017

Patients

De Grand Corps Malade, Mehdi Idir

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