Non mes chers entrepreneurs, le fait ethnique n’est pas le fait racial

Chaque ère présente un défi à relever pour une communauté élue qui devra lutter pour sortir de l’oppression de puissants et rétablir la Justice.

Dans notre contemporain l’économie est, cette fois, le lieu d’affirmation de la communauté Noire pour sortir de l’ornière de la pauvreté et du manque de souveraineté. Les moyens choisis pour suivre cet objectif sont nombreux, mais force est de constater que l’entrepreneuriat, par tendance globale du moment, est souvent retenu pour être le vecteur principal de cette réappropriation de la liberté de s’enrichir et de réussir son intégration sociale. Dans le tumulte des actions menées, on en vient, selon moi, à faire des amalgames et à se tromper de cibles. Il me semble alors essentiel, en ce qui me concerne de souligner à nouveau ma position sur cette question.

« Le fait ethnique n’est pas le fait racial » autrement dit l’entrepreneuriat ethnique n’est pas un entrepreneuriat pour Noirs, Arabes ou Latino-Américains. L’ethnicité doit être vue, nominalement, sous l’angle de l’identité commune d’un groupe d’individus. C’est par la force des choses que les régions ayant préservé cette notion s’accommodent le mieux à l’étiquette d’entrepreneuriat ethnique lorsque leurs membres se lancent dans l’activité économique dans les Cités ou au sein des pays sources des immigrations. Autre fait marquant, le lien très fort avec l’économie informelle, dont la plupart des pratiques commerciales (que j’appelle Attitude) qui en sont issues, dessinent les frontières d’une communauté d’acteurs économiques à laquelle appartient souvent les migrants toutes races confondues. Nous le verrons à la fin.

Ce serait donc une erreur de penser que l’entrepreneuriat ethnique est le fait d’une seule race ou d’un groupe de race. C’est, je l’ai dit, une question d’identité commune. Par caricaturer un peu mes propos, si l’ensemble des danseurs de Kizomba de Montréal (ayant donc cette danse comme valeur ou identité communes) émigrait au Groenland pour y mener des activités économiques, ils formeraient une communauté ethnique et non raciale, car vous comprendrez bien qu’au sein de ce groupe sont présents différents peuples et couches sociales.

Dans cette optique, il me semble qu’il ne faille pas cantonner la communauté Noire à des échanges internes sous forme de « ghetto économique ». Cette notion de « ghetto », dont l’usage me semble inapproprié, tire son origine de la communauté juive habituellement présente dans plusieurs régions du monde du monde sous forme de diaspora. Bien que la communauté Noire soit tout aussi répandue, elle n’a pas encore atteint la même maturité d’organisation et de puissance financière que le peuple juif qui peut se permettre de vivre dans un retrait apparent, mais pas effectif.

« L’avenir est dans l’interculturel » que ce soit en Amérique du Nord (bâtie sur les libertés individuelles) ou en Europe (encore conservatrice). Ces régions ont généralement choisi le multiculturalisme et l’assimilation (en France notamment) pour créer des sociétés cohérentes. Cependant sans échanges équitables et égales chances d’accès aux ressources entre les membres, les modèles sociaux sont appelés à voler en éclat à long terme. Avec l’interculturel les gouvernants ont une chance de créer des espaces inclusifs donnant le pouvoir à chaque sensibilité de contribuer à l’essor de l’écosystème local régional ou national. Cela doit, selon moi être la solution à privilégier dans les sociétés d’accueil compte tenu du paramètre de l’immigration économique voulue ou subie qui n’est que le fruit de l’exacerbation des disparités inter et intra états.

Je finirai en partageant avec vous mon orientation de travail qui tient compte de cette vision d’ouverture, de dialogue et d’échange entre communautés ethniques et économiques à l’heure où l’après-mondialisation voit se multiplier les mouvements de repli identitaire et différents clivages sociaux :

« Les entrepreneurs ethniques tirent l’essence de leur Attitude et des stratégies de développement qu’ils appliquent au quotidien de celles du secteur informel auquel ils sont rattachés d’une manière ou d’une autre (offre ou demande) sauf qu’ils les mettent en pratique dans le contexte d’affaire interculturelle des Cités accueillant des flux migratoires pour raison économique en ayant cette fois-ci pour impératif d’innover pour construire un avantage concurrentiel. La faible diversification dans la nature des projets ethniques (qui redeviennent informel, voire souterrain, sans cadre réglementaire) n’est que le reflet de celle du secteur informel guidé aussi par la criticité de la situation financière du promoteur. L’interculturel est donc le pont d’interface entre l’informel et l’ethnique. Ceci a l’avantage de marquer une claire distinction entre l’entrepreneur ethnique et l’entrepreneur classique d’origine ethnique qui est familier dès le début avec l’exercice et le code de ce métier de façon formelle. »

Arnaud Segla M. Sc., M. Sc. A., CAPM. Consultant spécialisé en projets d’entrepreneuriat ethnique et informel. J’organise et anime des activités professionnelles et accompagne plusieurs entrepreneurs dans l’atteinte des objectifs de leur projet d’affaires.

www.entrepreneurethnik.com

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