La timidité est le new sexy, bitch!

La timidité est le new sexy, bitch!

Timide (adj) :

Manque d’assurance, de hardiesse dans ses rapports avec autrui.

Les timides
Ça se tortille
Ça s’entortille 

Ça sautille
Ça se met en vrille
Ça se recroqueville
Ça rêve d’être un lapin

Chantait jadis Jacques Brel… Et il n’avait pas tort le bougre !

Avant-propos : l’usage répété du qualificatif « timide » pour désigner une partie de la population  n’a pour aucun cas pour but de catégoriser voire de stigmatiser des personnes dont le seul vecteur commun est de convenir à la définition du timide. Cet adjectif-nom est donc par essence inapproprié, mais sera toute de même utilisé pour des raisons de commodité dans ce papier, en espérant qu’il ne fera pas l’objet d’une interprétation déviante.

Le timide n’est pas nécessairement un introverti.

Avant d’entamer ce sujet délicat, il est de bon aloi de mettre les points sur les i : bien que  la timidité et l’introversion soient deux notions régulièrement associée, elles demeurent dans les faits distinctes car fondamentalement différentes dans leur essence. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des personnes à la fois timides et extraverties. L’introverti, lui, se caractérise par une aversion pour le mondain et une lassitude induite par les interactions sociales, mais jetez plutôt un œil sur le merveilleux article consacré à cette faune ici (lien). 

De l’art de se mettre en retrait.

On dit souvent que la plus grande terreur du timide est de se retrouver au centre de toutes les attentions, et que par conséquent sa première qualité est de savoir se planquer en société. Mais au quotidien, le timide se retrouve parfois à devoir composer avec somme de tracas causée par réticences intimes à propos d’actions de la vie ordinaire qui paraitraient anodines pour un observateur extérieur. En voici un petit échantillon :

  • la peur de poser une question à un vendeur (et de sentir obligé de lui acheter un truc)
  • la peur de parler trop fort (et de se faire remarquer)
  • la peur de se retrouver seul avec une autre personne (et d’engager la conversation)
  • la peur d’échouer (et de décevoir ses proches)
  • la peur sonner chez le voisin (parce qu’on n’a plus de lait)
  • la peur de sortir des toilettes (et de tomber nez à nez sur un collègue)
  • la peur de répondre au téléphone (ils font peurs ces gens qui appellent)
  • la peur de prendre la parole (et voir ces paires de mirettes vissées sur votre tronche)
  • la peur de parler à un inconnu (et de ne pas savoir comment il réagira)
  • la peur de s’asseoir sur un strapontin à côté d’un autre voyageur (beurk beurk beurk)
  • la peur de passer un entretien (et de se chier dessus)
  • la peur de s’opposer à un tiers (famille, collègue)
  • la peur de réclamer l’argent qu’on a prêté (et de passer pour un harpagon)
  • la peur de faire une déclaration d’amour (et se manger une gamelle)
  • la peur de demander du soutien à ses copains (parce que faut pas les déranger)
  • la peur d’offrir un verre à une fille/un mec (la peur de ne pas être digne)
  • la peur de se vanter (et de passer pour un vaniteux)
  • la peur de passer en caisse (et pas pour le fait de raquer)
  • la peur de se plaindre (de quel droit ?)

En réalité, cette liste n’a pas de fin.

Et parfois la timidité est tellement contraignante qu’elle en devient handicapante alors, on parle de phobie sociale. Devoir se socialiser au sein d’un groupe devient un chemin de croix pour le principal concerné, la menace est omniprésente, et parfois, l’isolement se trouve être le seul refuge où il peut enfin retrouver la paix. Alors, oui, c’est déjà dur au demeurant mais supporter en plus les « Bah vas-y lance-toi ! » ou les «  Oh non, tu vas pas te mettre à pleurer ! » bien dégueux de leurs congénères incompréhensifs n’arrange rien. Merci, Connard !

Bon, les copains, on va arrêter de déconner, la timidité n’est pas une tare, ok ? Bien au contraire c’est une qualité précieuse et unique.

La timidité est une qualité humaine (eh ouais, my nigga !)

Vous imaginez bien qu’avec autant de blocages, la vie n’a pas toujours été tendre envers les timides, nombre d’entre eux se sont d’ailleurs fait complètement dégommer par leurs pairs tout du long de leur vie. Mais face aux contraintes, l’homme a la fabuleuse habilité à développer des compétences pour leur faire face, en réalité, toutes les déceptions, les humiliations, les mises à l’écart et l’indifférence n’ont fait que les préparer aux difficultés de la (vraie) vie. A force de prendre des coups et de devoir lutter plus que les autres pour arriver à leurs fins, ils sont devenus indépendants et forts. Gravir les échelons de la société lorsque l’on est timide n’est possible que grâce à ses propres efforts, et pas à des passe-droits naturels que sont le charisme, l’éloquence et la vanité.

Et mieux encore, beaucoup se distinguent par une sensibilité très développée, de celles que développent ceux dont les larmes ont creusé des sillons sur les joues, et savent à quel point les moments de bonheur peuvent être précieux. Or qui mieux que le timide sait encore se taire? Qui mieux que lui sait écouter autrui? Il est devenu le meilleur lecteur de nos états d’âme et un ami fidèle sur lequel on peut compter. 

Parce que la timidité devient appréciée dans le monde du travail

Dans les entreprises, la timidité est très souvent associée à l’intégrité d’une personne. Ainsi des traits de caractères en découlant comme la discrétion, la sincérité et le désir de bien faire sans le claironner dans tout l’open space sont de plus en plus prisés par les patrons et les directeurs des ressources humaines. Le timide ne bluffe pas, ne triche pas. Une fois qu’il est connu, et apprécié, il progresse sans écraser les autres, donnant ainsi des leçons de vie à leurs autres collègues un peu plus prétentieux.

Certains chasseurs de têtes ne s’y trompent d’ailleurs pas : les patrons s’arrachent ces employés modestes et efficaces qu’on n’a pas besoin de fliquer et leur offrant ainsi pleine confiance. Pleins de tact, de bonnes réflexions et de finesse d’observation, ils sont très appréciés dans une équipe et gagnent en importance au sein des entreprises. Bref, l’introverti n’est plus le maillon faible, c’est même lui le chaînon indispensable, le modérateur dont dépend la bonne marche d’un groupe. 

Parce que la timidité a de l’avenir (dans le monde des humains)

Dans une société où le brassage entre les hommes est tel que la profondeur des interactions humaines se réduit à peau de chagrin, chaque aveu interrompt le temps un bref instant,  et chaque égard bienvenu s’amplifie à l’infini dans cette caisse de résonnance qu’est le cœur.  Ainsi, le regard empathique que certains timides posent sur leur entourage en fait des amis d’excellence. La retenue et le sens de l’écoute valent de l’or dans une société de l’information globale, où tout doit se savoir immédiatement.

Nous sommes entourés de timides !

Eh, oh, ce n’est pas parce que certains ont des problèmes de timidité qu’ils ne réussissent pas dans la vie! On a vraisemblablement tort de confondre le timide et le timoré, ce dernier a peur de tout, tandis que le premier, au contraire, brave les dangers réels, et ne redoute que les périls issus de son imagination.

Parmi les timides les plus illustres, on peut citer des tribuns comme Napoléon, Abraham Lincoln ou Che Guevara, qui étaient des meneurs d’hommes très écoutés, ou bien dans la sphère artistique comme Audrey Hepburn et Johnny Carson, qui étaient dans le privé des personnes très réservées.

Dans le monde du travail, les plus grands managers sont en général simples, timides, humbles, mais à contrario, ils obtiennent les meilleurs résultats car leur implication est bien au-dessus des autres. «Les personnes timides dirigent dans l’ombre, elles font de bons dirigeants parce qu’elles sont consciencieuses, et non pas parce qu’elles veulent être la vedette de leur réussite.» explique Lynne Henderson, directrice du Shyness Institute de Berkeley, en Californie. Ces dirigeants à la réussite ne parlent d’ailleurs jamais d’eux-mêmes, et refusent les couvertures des magazines. Du coup, personne n’a jamais entendu parler d’eux: comme  John Morgridge, qui fit la renommée de Cisco Systems ou Darwin E. Smith, PDG de Kimberly- Clark, le leader mondial du papier.

We run the world!

Terminons cet article avec cette citation de Bénabar :

[] Si j’étais aussi cabotin dans la vie, ce serait moins intense. J’ai du mal à rivaliser avec les grandes gueules. Les gens qui la ramènent tout le temps me fatiguent. Je préfère les personnalités que l’on découvre avec le temps. Ce sont elles les plus intéressantes.” 

Ah si ! encore une chose : Je vous vais vous dire un truc les enfants, tout le monde croit que votre timidité est un problème…mais en réalité vous savez très bien que c’est faux.

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Docteur ès toutologie, je distille perfidement mes idées interlopes à travers des articles de prime abord, anodins, mais secrètement prosélytes afin de convaincre mes lecteurs de se lever pour suivre la lutte armée des vendeurs de roses ambulants pakistanais contre le diktat des amants insensibles et radins. Pour me vomir sur la raie, m'envoyer des fleurs, de l'argent ou vos menaces, une seule adresse : anasajabar@gmail.com