Pourquoi l’Allemagne a gagné la coupe du monde 2014 ?

Le quatrième sacre planétaire de l’Allemagne repose sur des réformes structurelles engagées il y a treize ans.

Un triomphe programmé. La quatrième étoile mondiale décrochée dimanche au Maracana par l’Allemagne aux dépens de l’Argentine, grâce à un but de Mario Götze en prolongation (113e minute), n’est pas tombée du ciel. Ce sacre logique de la sélection la plus talentueuse et la plus homogène du tournoi s’est construit grâce à un travail de fond effectué par la Fédération, en concertation avec la Ligue et les clubs allemands, depuis treize ans. Une vision à long terme et une révolution des mentalités pour imposer un jeu plus technique et des réformes structurelles favorisant l’émergence de jeunes talents à travers une politique de formation efficace.

«En 2000 et en 2004, le foot allemand était à terre, avec des éliminations dès le premier tour de l’Euro. Des mesures importantes ont été prises. Il fallait former des joueurs plus techniques. La seule vertu allemande ne suffisait plus. Notre titre est aussi un produit de la très bonne formation en Allemagne», a expliqué le sélectionneur Joachim Löw.

À contre-courant de la course aux armements à laquelle se sont livrés dans la même période les grands clubs anglais, espagnols ou italiens – quitte à s’endetter dans des proportions inquiétantes -, les clubs allemands ont, eux, mis sur pied un modèle de développement durable. Le faible ratio entre les recettes et la masse salariale (moins de 40 %, alors qu’il s’élève à plus de 60 % pour l’ensemble des clubs européens) leur a permis de miser sur l’avenir, en construisant des stades modernes et en plaçant la formation au centre de l’échiquier.

«Beaucoup de jeunes joueurs»

«Nos centres de formation hébergent environ 5 000 joueurs cette saison. 820 millions d’euros y ont été investis depuis 2001, confie au Figaro Christian Seifert, PDG de la Ligue allemande. Le bon développement de la Bundesliga et de la Nationalmannschaft n’est pas aléatoire. C’est le résultat d’un travail de treize ans.» En contraignant à partir de 2001 les clubs professionnels à avoir au moins une équipe dans toutes des catégories d’âge (des U12 aux U23) et, à compter des U16, en imposant dans chaque équipe au moins douze joueurs éligibles pour la sélection allemande, la Ligue a préparé l’émergence des jeunes talents actuels de la Mannschaft (Götze, Hummels, Müller, Draxler, Kroos, Özil, Khedira, Neuer…). Le seul champion du monde 2014 à ne pas avoir été élevé dans ces pépinières haut de gamme est le vétéran Miroslav Klose, devenu à 36 ans le meilleur buteur de l’histoire du Mondial (16).

Championnat le plus attractif d’Europe (3,16 buts par match lors de la dernière saison), la Bundesliga, avec de jeunes entraîneurs comme Jürgen Klopp, est devenue au fil des années un laboratoire du jeu offensif. «On ne veut pas s’adapter à nos adversaires. Ce titre va nous pousser. On a beaucoup de jeunes joueurs comme Reus, Götze, Gündogan, Kroos», insistait Joachim Löw. Avec seulement 26 ans et deux mois de moyenne d’âge et une nouvelle génération de jeunes talents à intégrer, la sélection allemande est promise à un avenir radieux.

En remportant au Brésil son premier titre depuis l’Euro 96, la Nationalmannschaft a validé la révolution tactique opérée par Joachim Löw (54 ans) depuis 2004 – d’abord en tant qu’adjoint de Jürgen Klinsmann puis en tant que sélectionneur à partir de 2006. «Notre grande force a été de progresser continuellement. Même si on ne gagnait pas à la fin, on savait qu’on allait y parvenir», a conclu le sélectionneur allemand sans esprit de revanche envers ceux qui l’avaient critiqué après son échec en demi-finale du dernier Euro face à l’Italie. Sa méthode enfin primée, Löw va continuer sa mission jusqu’en 2016 afin de concrétiser, par un nouveau titre, la supériorité structurelle du football allemand.

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