Les hipsters : pourquoi les hait-on plus que la syphilis ?

Les hipsters : pourquoi les hait-on plus que la syphillis ?

Je dois une fière chandelle à mon camarade de boisson Jérémie, grand journaliste de son état, qui un soir de boisson m’interloqua en affirmant : « Mais quel pov’ type ce hipster ! » au passage d’un anorexique vêtu excentriquement.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette facette intolérante de mon ami d’ordinaire doux comme un chaton repu, mais plus encore, la prononciation de cet anglicisme navrant m’écorchant les tympans comme un cheveu (roux) tombant dans la grande soupe de la francophonie. Ipsteur… les latins ont le chic pour occire la langue de Shakespeare.

D’une crédulité bien rare, je n’avais pas réalisé que ce terme peu élogieux était entré depuis bien des années dans le jargon moderne (pour peu que l’on soit mis au parfum). Que ce fameux Ipsteur cristallisait à lui-seul toutes les haines urbaines des êtres bien-pensants, et que non content d’incarner le pot de chambre dans lequel se déverse tout le fiel de la société, il en était même fier.

Au même titre que con, truc et consorts, le hipster est devenu un mot générique, sorte de petit vocable fourre-tout que l’on invoque lorsque l’on échoue à mettre une nomination sur un concept. A l’unanimité, les gens s’entendront pour clamer que cette catégorie socio-professionnelle (mais travaillent-ils ?) n’est composée que de crétins, de crédules, de minables, de pauv’ types, de bovins, de clowns, de pédales, de ringards, de moutons (la liste est trop longue), pourtant qui peut se targuer de les fréquenter, ou qui même pourrait se vanter d’un avoir dans son proche entourage ?

Le hipster est une légende urbaine, il tire son essence de faits et de récits mais personne n’arrive à l’approcher tant il est évanescent, ce qui rend le spécimen pour tout dire, fascinant. Mais pourquoi le hait-on autant ?

Black Hipstery Month in January because February way too mainstream
Black Hipstery Month in January because February way too mainstream

Les débuts. Historiquement parlant, le mot hipster fait son apparition vers les années 40 aux Etats-Unis pour une désigner une catégorie de la population ayant adopté les mœurs et le style de la communauté noire, leur vouant une admiration sans limites (les noirs plus branchés, plus tendances, plus fun, tout, quoi !). Ainsi avec l’avènement des glorieuses années du jazz, ces amateurs de bebop et de swing voulurent se démarquer des autres « blancs » et s’affirmer en intégrant totalement le mode de vie (fringues, sexualité, attitude) de leurs homologues de couleur. Ce groupe hybride (car n’est pas noir qui veut) sera par la suite l’un des précurseurs de la Beat generation dont la descendance. A bien y regarder, le hipster d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec son fier ancêtre, hormis cette propension naturelle à vouloir briser les codes d’un système socio-ethnique par trop rigide, et s’approprier une ou moult cultures qui ne lui étaient pas à l’origine ouvertes (de gré ou de force, donc).

Le néo- hipster, lui, fit un come-back à la fin des années 90 dans le lexique des gens. On a d’abord cru qu’il était un émo (cet ultra sensiblo-métallo-dépressif) mais à force de se diversifier en prenant inspiration dans toutes les directions possibles, personne n’y a plus rien compris et pour résultat, tout le monde fut simplement largué.

MATUVU. On reconnait facilement l’animal à sa tenue extravagante, chaussé de Sneakers dernier cri, il se balade en slim noir/gris que complète une chemise à carreau moulante. Le keffieh militant lui donne un air engagé (alors qu’il se fout éperdument de la cause palestinienne) mais il se opte généralement pour une petite moustache vintage ou des discrètes lunettes Wayfarer. Il ne fait jamais de sport pour entretenir son corps rachitique mais se déplace en bicyclette sur son vélo à pignon fixe. Evidemment, on le remarque facilement au milieu d’une foule impavide, mais c’est d’avantage pour le vouer aux gémonies que pour le louer.

black hipster
Les mecs, ce soir, on se ramène.

Parce qu’ils se la pètent. Affichant un niveau de culture plus élevé que la moyenne : il aime particulièrement le cinéma d’auteur qui se veut pointu (Coppola fille, Gondry, Dolan, etc.), les écrivains de la Beat generation (Burrough, Kerouac), les cupcakes (les manger, pas les faire), le mouvement dada et la street culture (graf’ et hip-hop indé).

Côté sons : il voue un culte aux side men (les claviéristes et les batteurs) et se goinfre de synth-pop munichoise dont personne n’a entendu parler, il a un temps affectionné les vinyles mais a toujours idolâtré Apple et ses gadgets à foison.

Parce que le mépris (de Godard… moi aussi je peux être un hipster !) Il fut vraiment difficile de le saisir et de le qualifier car le leitmotiv-même du hipster étant d’être subversif, il HAIT plus que tout, les « N+1 » (ces arrivistes qui viennent écouter les même sons que lui, et rendent leurs artistes plus visibles), il est donc devenu un vampire nomade à la recherche de nouveaux filons culturels construisant sa personnalité « sur mesure », comme on crée une playlist sur Grooveshark.

Côté vocable : il use à outrance du name dropping (action de citer des noms propres ou des références culturelles en société) et excelle dans la culture non-mainstream. Une réplique typique: « Ah oui, j’adore ce groupe ! Ah non, pas le dernier album (qui a marché)! La face B sortie durant leur période prolétaire 1978-1979 ! ».

Fin de la première partie.

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