Chronique littéraire : Mma Ramotswe détective (Alexander McCall Smith)

Un tour en Afrique Australe pour vous parler de Mma Ramotswe détective (Alexander McCall Smith)

Image Mma Ramotswe détective (Alexander McCall Smith)
Mma Ramotswe détective (Alexander McCall Smith)

Precious Ramotswe, fille d’Obed, personnage ô combien atypique vient nouvellement d’installer boutique à Gamobore, un grand bout de terre coincé entre l’Angola et la Namibie. Son fonds de commerce n’est pas des plus ordinaires puisque l’on peut y lire « Agence N°1 de dames détectives », la première du genre au Botswana ! C’est ainsi que débute le premier tome des aventures de Mma Ramotswe (qui en compte actuellement treize). Le sujet aurait de quoi faire jacasser le plus misogynes des fans d’Hercule Poirot, certes, mais le récit de McCall Smith ne se contente pas seulement d’enquiller bêtement des affaires « citadines » (adultères, escroqueries à l’assurance, disparitions), c’est un véritable regard sur l’Afrique qui est offert aux yeux du lecteur.

Ses paysages, ses contours et ses charmes ne se dévoilent qu’au fil de la lecture. Les relations entre les hommes, l’évolution de la société sont traités avec un regard sincère et juste, et au-delà c’est bien de la condition de la femme africaine dont il est question, et même d’engagement. Bien qu’il puisse paraître un peu maladroit dans ses digressions, l’auteur jongle habilement avec la temporalité et les narrateurs, livrant un voyage sans concession dans le passé et le présent de ses personnages, alternant ainsi les situations et les points de vue et se permettant même le culot d’insérer des chapitres complètement hors de l’intrigue, et ce en plein suspense. Quel culot !

Et comment ne pas rester de marbre à la lecture du seul chapitre du livre où le personnage d’Obed utilise la première personne pour narrer son existence ? Parlant ainsi de son enfance passée avec les autres garnements de Mahalapye près des trains, du plaisir sans pareil de rester assis au soleil à contempler les Montagnes bleues comme toutes les grandes étendues de ce pays et à déclamer son éternel Amour de ce pays :

« Quand je serai mort, l’odeur de l’Afrique me manquera parce que là où on va, où que ce soit il n’y a ni odeur ni saveur. »

Un passage solennel qui élève ce livre au-delà du genre littéraire auquel il était naturellement destiné.

Mma Ramotswe détective est un titre qui prend forme et couleurs comme un enfant qu’on voit grandir. Poussif et bancal au commencement, l’histoire s’enrichit de personnages secondaires plus crédibles et surtout d’une héroïne s’affirmant de plus en plus, dévoilant une véritable personnalité (son culte pour les potirons : unique !) et des facettes plus humaines, jusqu’à endosser un rôle de détective hors du commun qui lui sied à ravir.

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commentaires

1 COMMENT

  1. J’ai regardé la série diffusée par Arte avec Jill Scoot en héroïne (elle jouait très bien ce rôle d’ailleurs). Je me suis arrêtée bien vite car la version française était mal faite: un accent “africain” trop prononcé à mon goût, trop dans la caricature. Je vais peut-être lire ce roman pour m’en faire ma propre idée.

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