Terrorisme: Mon ode à l’humanité

Questions d’humain à humain : un article sans réponse.

Je vous avoue que je ne sais plus quoi penser. Hier, j’ai changé de compartiment de métro pour la première fois parce que je trouvais qu’un homme agissait de manière suspicieuse. Je m’en veux. Je me sens terriblement stupide d’avoir agi de la sorte. J’ai regretté toute la journée qui a suivi. Même aujourd’hui j’ai encore la boule à l’estomac.

Je vous avoue que cette journée, j’ai perdu foi en mon humanité. C’est un sentiment très désagréable. Un mélange entre une honte profonde, un mal de bide extrême, de la paranoïa et un sentiment de frustration face à une situation sans réponse. Pourquoi ai-je agi de la sorte ? Il est vrai qu’en tant que lilloise, je me suis sentie plus qu’affectée par les récents événements de Paris et de Bruxelles. Ceux qui disent qu’ils n’ont pas peur sont soit des menteurs soit des êtres d’une humanité exemplaire. Moi, je me sens mal parce que j’ai eu peur. Mais est-ce un crime d’aimer sa vie au point de vouloir garantir sous tous les prétextes sa longévité ? Croyez-moi qu’il n’y a sans doute pas de réponse à cette question. Mais en ayant peur, j’ai eu mal à l’être humain.

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Ce qui me dérange le plus dans cette peur, c’est l’instrumentalisation qu’en font certains politiques. Il est évident que l’on attendait tous les réponses du Front National ou de Donald Trump à la suite de ces tragiques événements. C’est désolant. Les entendre utiliser la mort de centaines de pères de, mères de, enfants de, et amis de, a réveillé en moi un profond dégoût. En analysant objectivement la situation, viser un peuple ou une religion est la plus grosse connerie stratégique que ce siècle n’ait jamais connue. En n’étant pas objectif, c’est une énorme connerie éthique. Une connerie partant d’un amalgame d’autres conneries. C’est pourquoi j’ai dit non à cette peur-là. J’ai beau avoir eu peur, ma peur n’est pas instrumentalisée au profit de fermeture de frontières et de répression d’une religion. Non, cette peur-là, c’est du populisme en boite de conserve, qui aurait dû être périmée depuis quelques siècles déjà. Mais bon, il parait que l’histoire bégaye. Ainsi, cela veut-il dire que se tourner vers des idées extrémistes en situation de crise est une loi universelle ? J’espère de tout cœur que non. Traitez-moi d’être candide et d’idéaliste, je m’en fous. J’ai peu d’opinions, mais j’ai des convictions.

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Je parlais plus haut de Paris et de Bruxelles. Ces évènements ont réveillé un sentiment communautaire fort qui a apaisé ma peur. Bien que troublé par des personnes citées ci-dessus, c’est un beau ressenti. Un peuple, c’est un concept, une unité qu’en tant qu’humain nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de toucher. S’en approcher à cause de tels évènements est malheureux, mais le fait est là : on s’en ait approché. De même, le soutien international nous a aidé à tenir debout alors qu’on se pensait seul dans cette tristesse écrasante et étouffante. Alors merci. Mais pourquoi moi j’y ai le droit ?

Même si se sentir privilégiée est généralement un sentiment agréable, aujourd’hui, il blesse une fois de plus mon humanité. Je sais bien que Paris et Bruxelles sont des capitales occidentales et un symbole. Mais est-ce normal que la mort soit classée sur une échelle du plus choquant au plus normal ? Bien que je soutenais Paris et Bruxelles, j’ai refué de mettre les filtres proposés par facebook sur ma photo de profil. Une absence de photo me paraissait justifiée. Oui, j’ai préféré la sincère et triste neutralité au soutien coloré.

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J’aimerai que le monde occidental puisse être Lahore, Jakarta, Ouagadougou, Zliten, Bagdad, Istambul, El Adde et Jalalabad, et tous ceux que j’ai oublié de citer. Malheureusement peu le sont. Alors qui sommes-nous ? Des êtres humains qui se revendiquent mondialisé et connectés mais qui sont plus touchés par la mort de leurs voisins ? Ou des êtres égaux devant la souffrance et de la mort ?

Ceci était un texte à questions, qui n’ont sans doute pas de réponses. Du moins, pas de réponses universelles. Chacun possède la sienne et c’est sans doute mieux ainsi. Mais si cela peut vous rassurer, je pense qu’aucune des réponses aux questions auxquelles je me suis et vous ai confronté ne sont fausses ou bonnes. Après tout, nous ne sommes qu’humanité.


Cet article a été rédigé par Salomé Grouard, étudiante à McGill University, passionnée du monde et de l’humain. Cherche à propager la culture et la bonne humeur par l’écriture et la photo.

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