Networking Afro: Et après ? PAR Noir Immobile

Networking Afro : Et après ? PAR Noir Immobile

*roulements de tambours bantous*

En 2013, la sphère afro-parisienne semble s’animer d’une énergie nouvelle. Après une année 2011 placée sous le signe du blogging mode, et une année 2012 portée par la vague des « tutos make-up », notre communauté semble maintenant prendre une direction inattendue.

Terminée, la propagande du style ethnique. Finie, l’évangélisation du cheveu crépu. Aujourd’hui, il n’est question que de réseau. Ou plutôt, de réseautage. Le « networking », puisque c’est le terme qu’ont préféré les modeuses reconverties, semble en effet être au cœur d’une attention sans précédent.

Pas une semaine sans que l’on reçoive une invitation à un énième apéritif-débat, cocktail-réflexion, ou autre gala panafricain. (Vous pouvez, d’ailleurs, vous-même créer un événement inédit en mettant côte à côte un mot festif et un mot intello. Je viens, à ce propos, de déposer la marque « Gouter Méditation © ». Contactez-moi sur Twitter si vous en désirez une licence.)

L’initiative est louable.En effet, après des années de préoccupation esthétique, il était bien temps de se réunir et de voir de qu’il est possible de construire ensemble. Non pas que ces années n’aient pas été pas utiles. Bien au contraire. Pour combattre la honte de nos cultures, et de nos corps, il était important de commencer la désaliénation par le vêtement, puis la peau, et enfin les cheveux.

Ce chemin effectué, nous pouvons maintenant traverser le cuir chevelu et travailler sur un instrument oublié jusqu’alors : le cerveau. (Nous n’en voulons à personne pour l’attente, connaissant nous-mêmes les effets secondaires des défrisants sur nos têtes.)

Il est peut-être, malgré tout, important de préciser que ce voyage n’a pas été entrepris sans un petit coup de pouce. Les marques, pour lesquelles nous « travaillions », à la grande époque du blogging, ont pu, grâce à nous, gagner en exposition. Certes, elles ont continué l’aventure avec des blogueuses non afros, surement plus représentatives d’une France qui achète, mais nous ne leur en voulons pas pour cela. Nous savons que c’est, là, une façon de nous libérer pour d’autres actions, plus efficaces.

Nous nous sommes donc faites Nappy. En ambassadrices du cheveu naturel, nous avons permis à quelques leaders français des cosmétiques de vendre, 5 fois plus cher, du beurre de karité dilué, à celles qui jusque là l’achetaient pur, aux mamans de château d’eau. (dans des packagings infiniment plus raffinés que les sachets de nos tantines). Ne nous remerciez pas. Les marques l’ont déjà fait.

Dernièrement, par notre joyeuse et bénévole activité de youtubeuses/makeupartist nous avons apportés à des marques américaines, jusque là peu connues en France, des marges inédites et un marché nouveau. Elles travaillent, maintenant, uniquement avec celles d’entre nous qui ont le plus de web-influence, nous laissant, ainsi, du temps pour de nouvelles activités.

C’est donc un peu grâce aux marques, qui nous ont rendu l’amour que nous leur avons donné, que nous en sommes là. Au réseautage. Euh, pardon. Networking.

Nous activons, maintenant, nos cerveaux, enrichis par nos années d’études dans le système éducatif français, afin de définir ce que sera l’Afrique de demain. Car, au cas où vous ne le sauriez pas encore, « AFRICA IS THE FUTURE ». Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Instagram.

Et l’avenir s’annonce radieux. 50 ans après les indépendances, nous avons compris qu’il était nécessaire de créer une puissance noire (ou Africaine… ou afrocentrée… ou afrodescendante… ou afropéenne… ou afrofrançaise… euh… bref) qui puisse avoir un impact dans notre société (société française… ou Noirs de France… ou Noirs de la diaspora… ou Noirs du monde… ou monde entier… bref), et qui défende nos intérêts (droits des étrangers… ou intégration… ou aides financières en Afrique… ou souveraineté des états africains… ou création des États-Unis d’Afrique… bref).

Nous savons où nous allons parce que nous connaissons et nous servons de l’héritage de nos anciens, morts (Garvey, WEB Dubois, Fanon, Malcolm X, Nkrumah, Lumumba, Sankara, Diop…) et vivants (Obenga, Pougala, Mbog Bassong, Bwemba Bong , Lascony, A. Traoré, A. Davis, L. Miano…).

Si nous apprenons notre histoire, c’est parce que nous savons que c’est, là, le seul moyen de ne pas faire les mêmes erreurs que nos anciens, et la seule façon de ne pas perdre de temps à réinventer la roue dans des discussions inutiles.

C’est pourquoi nous networkons. Et nous savons que, quelque soit nos combats, les marques nous aideront. Encore une fois.


Cet article a été rédigé par Noir Immobile
Bio de Noir Immobile : Je suis noir et paralysé, mais je voyage avec mon esprit.
Suivez la sur Twitter : @NoirImmobile

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