Pourquoi l’argent a gâché la coupe du monde du Nigéria, Ghana et Cameroun ?

L’équipe nationale du Ghana a vu à la fois son image et sa campagne de Coupe du Monde ternies par un conflit sur les primes.

Les joueurs auraient envisagé d’aller en grève pour leur dernier match de groupe contre le Portugal, un mouvement empêché par la livraison — par avion privé du Président — de 3 millions de dollars en espèces. Le conflit fait écho aux événements entourant l’équipe nationale du Cameroun en 2002, 2006 et 2014, et le Nigeria cette année aussi. Les arguments sur le montant des primes des joueurs entravent à la fois les préparations pour la Coupe du monde, et les progressions dans la compétition.

Certains analystes imaginent que les pays ouest-africains sont particulièrement sujets à ce type de mécontentement, et que leurs institutions de football sont une sorte de reflet de la réalité nationale, où les meilleures intentions sont balayées par la cupidité et la corruption. Certes, les allégations de matches truqués récemment portées contre l’Association ghanéenne de football ont contribué à attiser les flammes de ce stéréotype particulier. Il s’agit d’une analyse simpliste tentante, mais elle comporte peu de mérite.

Il y’a probablement une question plus prosaïque en jeu : toute personne qui tient le haut du pavé grâce à l’un des sports bien-aimés est dans une position de force; une position qui, il faut le dire, est surprenamment peu exploitée par les athlètes. Comme indiqué dans le documentaire de la BBC, “The Burden of Beauty”, le Brésil a longtemps utilisé le football comme un moyen de projeter sa puissance à l’étranger, le succès de son équipe nationale était retenu comme la preuve d’une sorte de suprématie culturelle par l’écrasante dictature militaire du pays. Les équipes de football du Ghana et du Cameroun sont parmi les plus fiers produits d’exportation de leur pays; ils sont des marques presque synonymes de l’identité nationale comme Guinness l’est pour l’Irlande ou IKEA l’est pour la Suède.

Si nous regardons, aussi, les litiges en cause, nous remarquons des éléments communs : que le pouvoir des joueurs a apparemment été rallié par les footballeurs qui ont sillonné leurs talents en Europe — Sulley Muntari du Ghana et Samuel Eto’o du Cameroun. Il n’y a pas meilleure expérience de se faire transférer à travers les meilleures équipes du continent pour prendre conscience de sa valeur de marché, ce qui peut expliquer en partie leur approche impitoyable à la négociation.

Du point de vue des joueurs, les nations du Ghana et du Cameroun retirent beaucoup de bénéfices, en termes d’argent et de prestige, et ils méritent donc un plus grand morceau de ce gâteau — et cela même si cette position menace leur participation à de grands événements sportifs.

Aussi impitoyablement pragmatique que cette position puisse être, elle n’est pas unique au Ghana, au Nigeria et au Cameroun. En 2011 et 2015, les membres de l’équipe d’Angleterre de Rugby engagés dans des négociations prolongées avant le tournoi, ont menacé même de boycotter le départ si un accord n’était pas atteint.

Le spectacle de joueurs Ghana embrassant des paquets d’argent était un image désastreuse, qui passe très mal à travers les canaux de médias sociaux. Mais si leur joie était épouvantable dans sa forme, elle peut très bien être justifiée dans son fond. Des joueurs faisant passer l’argent avant leur pays, ce comportement semble immature. Pourtant, il soulève aussi des questions plus larges.

La carrière d’un footballeur est courte, et l’athlète aura souvent surmonté des difficultés extraordinaires pour être là où il est; d’ailleurs, les mésaventures des joueurs africains pour se rendre en Europe sont bien documentées. Il doit donc être exaspérant pour ces joueurs, tournoi après tournoi, de voir les responsables de leurs associations nationales de football détourner sans vergogne les fruits de leur talent et leur travail acharné. Alors que nous sommes sur le point de fustiger les athlètes pour leurs débordements sur les primes, peut-être nous devrions regarder au-delà et nous pencher sur les bailleurs de fonds; et saisir que la colère des joueurs peut être le symptôme, et non la racine, du véritable problème.

Traduit de l’anglais de Musa Okwonga. Source Aljazeera.

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