La Semaine Africaine de Sciences Po comme si vous y étiez ( Part 2 )

Du mercredi 16 au vendredi 18 avril, l’Institut d’études politiques de Paris met le continent africain à l’honneur. Organisée depuis cinq ans par l’ASPA -Association de Sciences Po pour l’Afrique-, la Semaine Africaine s’articule cette année autour du thème « AFRICA 2.0 : L’Afrique passe à la vitesse supérieure. ». AfrokanLife vous donne un aperçu des différents événements de la semaine.

Jeudi 17 avril, l’équipe AfrokanLife a assisté à la projection du documentaire « Les Marches de la Liberté », suivi d’un débat avec la réalisatrice du film, la journaliste et militante associative Rokhaya Diallo. Trente ans plus tard, quel est l’héritage laissé par la « Marche pour l’Égalité et contre le racisme », appelée par les médias « Marche des Beurs » ? Tel est le fil conducteur de ce documentaire qui essaye de décrypter les évolutions de la société française suite à cet événement survenu en 1983.

R.Diallo Science po

                                                                        ©Willy Mboukem

Le film se concentre sur la venue de dix jeunes américains et leur regard sur la question de l’égalité en France. A travers de nombreuses rencontres, ceux-ci tentent de comprendre les différences entre France et États-Unis en dressant un parallèle entre les deux pays et leur façon de traiter la mémoire de la lutte contre le racisme.

Dès les premières minutes du film, le ton est donné avec les images du célèbre discours de Martin Luther King, « I have a dream », prononcé le 28 août 1963 à Washington D.C. lors de la Marche organisée par le mouvement des droits civiques. La marche est restée célèbre, l’homme aussi. En France, les Marches de 1983 à 1985, sont moins connues et leur instigateur principal Toumi Djaïdja, alors président de l’association SOS Avenir Minguettes, l’est encore moins. Première stupéfaction pour la délégation américaine qui estime que pour préserver le souvenir de ces marches, il faut se souvenir d’un leader.

 http://www.youtube.com/watch?v=Teon36FCB9Y

Ce parallèle est donc constant entre France et États-Unis et il est développé au fil des rencontres. En premier lieu avec l’équipe parisienne de l’association Give1Project (http://www.afrokanlife.com/business/le-dernier-give1talk-de-give1project-comme-si-vous-etiez/et les interventions du fondateur et président de Give1Project, Thione Niang.

La Première Dame Valérie Trierweiller, la Garde des Sceaux Christiane Taubira apparaissent dans le film, tout comme la vice-Présidente du Sénat et sénatrice de Paris, Bariza Khiari. Cette dernière, femme, franco-algérienne, musulmane, semble avoir dépassé de nombreuses « barrières » pour être au niveau où elle se trouve aujourd’hui. Celle qui se dit « farouchement républicaine et sereinement musulmane », ne peut s’empêcher pourtant de regretter que les réussites des minorités en France soient avant tout des réussites individuelles et pour dépasser cela « il manque toujours une réelle volonté politique ».

Autre rencontre passionnante, celle avec Maboula Soumahoro, maître de conférence à l’Université de Tours, docteur en langues, culture et civilisation anglophone. Son parcours étonnant entre Côte d’Ivoire, région parisienne et États-Unis lui a appris que son profil atypique pouvait être selon l’endroit où elle se trouvait une richesse ou une faiblesse.

Toutes ces personnalités, aux parcours très différents sont des témoins de l’évolution autour de la question sur l’identité.

A la suite de la projection du film, la réalisatrice Rokhaya Diallo nous a fait l’honneur d’être présente pour répondre aux nombreuses questions du public. La différence entre mémoire de la lutte anti-racisme en France et aux États-Unis était au cœur de la discussion modérée par Aminata Dia, responsable Communication de l’ASPA.

 

Semaine africaine part 2

                                                                    ©Willy Mboukem

Rokhaya Diallo a insisté sur le fait qu’en France, pour évoquer la lutte contre le racisme, on cite toujours de grandes figures internationales telles que Martin Luther King ou Nelson Mandela, non pas parce-que les figures engagées en France n’ont pas existé mais car celles-ci n’ont pas été retenues par la mémoire collective. Aux États-Unis, les minorités étaient à l’œuvre dans leur combat et le sont toujours depuis les années 50. En France, les simples débats concernant les dénominations (par exemple le terme « issu de la diversité ») démontrent bien la difficulté qu’ont les minorités à imposer leur propre terminologie. Sans doute cela est du à de nombreuses craintes lorsqu’il s’agit d’évoquer les discriminations dans l’Hexagone : tout est en effet très vite sujet à polémique selon Rokhaya Diallo. 

La réalisatrice estime que les événements survenus dans les banlieues françaises en 2005, sont sans doute le début d’un débat public sur les questions d’identité mais en aucun cas la fin du déni de la part des autorités politiques. Une des difficultés rencontrées par les associations est aussi liée à l’impossibilité, en France (contrairement aux États-Unis), d’avoir des données , des chiffres sur la base de l’anonymat concernant les minorités. Pour Rokhaya Diallo, pour lutter contre le racisme, il faut des statistiques : difficiles à obtenir dans un pays encore marqué par son histoire ; la dernière fois que l’on a compté des populations pour leur appartenance religieuse en France, c’était pour des visées négatives dont les cicatrices sont encore présentes dans la société française d’aujourd’hui.

Plusieurs thèmes sont apparus lors du débat, notamment la part des responsabilités des médias, le cinéma par exemple qui a son rôle à jouer également pour ne plus présenter des acteurs noirs, ou arabes seulement dans des rôles clichés mais qu’ils puissent tout simplement exister sur le devant de la scène sans avoir été choisi pour leurs origines.

Une vraie méconnaissance de la jeunesse française quant à l’histoire de la lutte contre les discriminations dans leur propre pays soulève la question suivante : faudrait-il mieux enseigner l’histoire des minorités en France,  non pas seulement par le biais de la décolonisation, mais sous un angle plus sociologique, en mettant en avant les avancées et mouvements sociaux auxquels ont participé les minorités ?

Pour aller plus loin :

– Rokhaya Diallo a lancé sur twitter le hashtag #RacismeOrdinaire afin de sensibiliser les jeunes (et les moins jeunes) à la lutte contre les discriminations ; https://twitter.com/RokhayaDiallo

– la page Facebook du film : https://www.facebook.com/Marches2013?fref=ts

semaine africaine part 3

                                                                                               ©Willy Mboukem

Laisse nous ton commentaire

commentaires