Dr. Denis Mukwege : L’homme qui murmure le cri des femmes.

Je pense que j’ai découvert l’existence du Dr. Denis Mukwege entre 2009-2010, un peu par hasard, en regardant la chaîne Arte. Bah oui ! Qui d’autre qu’Arte peu parler de ce sujet à la télé, cet opium du peuple, quand certains patrons de chaînes ne se cachent pas pour dire que leur véritable métier et de vendre du temps de cerveau disponible humain pour Coca-Cola ?

Mais qui est le Dr. Denis Mukwege ? Si nous vivions dans un monde dans lequel l’information circulait comme il se doit, je n’aurais plus à présenter ce monsieur. Mais je vais le faire en espérant que dans le futur, cela ne soit qu’une formalité.
Le Dr. Denis Mukwege est un médecin congolais, un gynécologue plus précisément, qui pratique la médecine dans son Hôpital Panzi, situé à Bukavu dans le Kivu qui est une région à l’Est du Congo, zone frontalière avec l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Qu’a-t-il de particulier ? En ouvrant son hôpital Panzi, « il va découvrir une pathologie nouvelle qui va marquer le restant de sa carrière : la destruction volontaire et planifiée des organes génitaux des femmes. Il fait connaître au monde la barbarie sexuelle dont les femmes sont victimes à l’Est du Congo ou le viol collectif, est utilisé comme arme de guerre.» (Wikipédia)

En vingt ans, c’est plus de 500.000 femmes qui ont été victimes de ces violences (D’ailleurs on parle toujours de 500.000 femmes depuis 2010, on peut imaginer le nombre de nouveaux cas depuis) et le docteur lui même a eu à traiter plus de 40.000 cas dans sa carrière. « On viole collectivement, en public pour démolir et pour terroriser. Pendant des jours, parfois pendant des mois avant de tirer une balle dans les vagins ou de les lacérer à coups de lames de rasoir, de les remplir de sel, de caoutchouc brûlé ou de soude caustique, d’y déverser du Fuel et d’y mettre le feu. » (L’enfer se trouve dans le Kivu). Ces agissements ont pour but de traumatiser les familles et détruire les communautés, provoquer l’exode des populations vers les villes et permettre à d’autres (disons le, milices armées travaillant pour le compte de sous traitant de multinationales et des hommes de pouvoir corrompus) de s’approprier les ressources naturelles du pays. C’est une arme de guerre formidablement efficace comme le dit lui même le docteur.

Le phénomène est apparu quand les rebelles hutus ont traversé la frontière entre le Rwanda et le Congo après le génocide au Rwanda, sans qu’ils ne soient désarmés. Suivent les combattants maï maï, les soldats rwandais, les insurgés du M23, forces congolaises, même les casques bleus de l’ONU. En clair, tout le monde viol et on parle même de pratique métastasé dans la région. Les femmes ne savent désormais plus à qui se vouer et le Dr. Denis Mukwege semble être leur unique espoir.

Aujourd’hui le but est de mettre la main sur le Coltan car même si le Congo ne produit que 5% de la production mondiale car il y en a un peu partout dans le monde, elle détient néanmoins 80% des réserves mondiales. Le gouvernement a bien essayé de mettre fin au massacre sans doute sous la pression de la communauté internationale, mais cela n’a fait que donner lieu à des faits incroyables. Comme par exemple le fait que le Rwanda voisin qui ne produit pas le Coltan, soit pourtant le premier pays exportateur de Coltan. On se demande bien d’ou provient ce Coltan ? Mystère… ou pas.

« Les statistiques de la BNR (Banque Nationale du Rwanda) montrent que pour le seul Coltan, les recettes enregistrées sont de l’ordre de 134.5 millions de dollars au moment ou tous les minerais exportés ont réalisé une somme de 226.2 millions de dollars (…) et le Rwanda a pour objectif de réaliser 400 millions de dollars de recettes tous minerais exportés pour 2017 » (Africatime). Si le Rwanda a pour objectif de doubler ses recettes et qu’elle ne produit pas de Coltan, il faudra bien que quelqu’un d’autre double sa production. Je vous laisse imaginer quelles en seront les conséquences sur les populations du Kivu. Mais le Rwanda doit-il être le responsable tout trouvé de cette situation ? Non. Parce que malheureusement, le Coltan est devenu un minérai indispensable dans la vie de tous les jours. Le Coltan est un conducteur froid, ce qui fait que sans le Coltan, « on ne pourrait par exemple pas tenir nos téléphones portables dans nos mains sans subir de brulures graves car sans Coltan nos appareils électroniques de tous les jours atteindraient des températures folles et provoqueraient constamment des incendies ».

D’un côté, nous avons les groupes armés qui utilisent la production illégale de Coltan pour se financer, de l’autre nous avons les multinationales qui ont toujours besoin de plus de Coltan et nul doute que le fait que la traçabilité du Coltan qui se trouve dans cette zone soit douteuse, joue sur la baisse des prix, ce qui les attire. Et au milieu, nous avons nous consommateurs, toujours avides de nouvelles technologies et de produits électroniques. Nous participons nous aussi à ce commerce sans vraiment nous en rendre compte ou tout simplement nous nous sentons incapables d’aider à notre échelle. On peut désormais parler de « Blood Coltan » tout comme on parlait de « Blood diamond » il y a quelques années. Sauf que les diamants sont des produits de luxes, pas accessible à tous et non indispensable. Alors que le Coltan devient de plus en plus indispensable, on peut se poser la question des ravages que cela causera dans le futur, alors que le problème est déjà très grave.

C’est dans ces conditions que le Dr. Denis Mukwege essaye d’attirer l’attention sur ce problème auquel il doit faire face tous les jours. Pour faire preuve d’humanité, des structures internationales lui remettent des récompenses et de l’argent pour que l’hôpital de Panzi puisse fonctionner mais d’un autre côté, on ne lui donne toujours pas l’attention qu’il mérite. Plusieurs fois nommé pour le prix nobel de la paix, ce titre qui lui permettrait de faire entendre le cri de détresse de ces femmes à une échelle planétaire lui échappe et on se demande bien pourquoi. La plupart des grands médias ne parlent ou ne parlerons jamais de ce sujet. Pourquoi ? Peut être parce que derrière chaque grand média se cache une multinationale ? à cause du phénomène de « mort kilomètre » qui règne dans le journalisme ? « Les médias accordent de l’importance aux victimes d’un drame en fonction de la distance qui les sépare du téléspectateur, auditeur ou lecteur » Malgré les 5 millions de morts depuis le début du conflit. En tout cas il ne semble pas encore être venu l’heure ou un JT ou un journal papier fera sa une avec cette information.

Voilà pourquoi le Dr. Mukwege qui a depuis été rebaptisé « L’homme qui répare les femmes » est aussi « L’homme qui murmure le cri des femmes » car à travers lui c’est des millions de femmes qui crient mais le monde ne veut pas les entendre. C’est un murmure que seuls ceux qui acceptent de tendre l’oreille arrive à saisir, pourtant ce n’est pas faute d’essayer de crier de plus en plus fort. Même à l’échelle nationale, par manque d’informations et aussi parce que le pays est très grand, tous les congolais ne sont pas au courant de ce problème. Le pire dans tout ça, c’est le gouvernement congolais qui essaye de trouver des moyens pour empêcher le Dr. Denis Mukwege d’agir, sous prétexte qu’il donne une mauvaise image au pays. D’ailleurs en Décembre 2014, l’Etat saisissait les comptes de l’hôpital sous prétexte que ce dernier ne verse pas d’impôt professionnel sur la rémunération étant une entité privée, alors que lors de l’établissement des cartes sanitaires des hôpitaux d’Etat, Panzi figure bien sur la liste selon le Docteur et c’est donc l’état qui devrait verser une rémunération aux employés de l’hôpital. Une nouvelle preuve que le gouvernement souhaite décrédibilisé le travail du docteur, qui serait un candidat idéal pour des élections présidentielles. Ou c’est une nouvelle preuve que l’argent que le Docteur reçoit et qu’il utilise pour faire fonctionner l’hôpital attire l’appétit de plus d’un.

Pour en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire :

« L’homme qui répare les femmes de Colette Braeckman » Livre qui ne se contente pas uniquement de dévoiler les atrocités que subissent les femmes du kivu, mais nous permet de comprendre réellement d’ou vient le problème et le pourquoi de cette situation. C’est aussi un livre géopolitique avec des protagonistes que nous connaissons tous. Un livre d’économie mais aussi de stratégie de guerre de l’horreur et psychologique ou le viol est utilisé comme arme de guerre et souvent commis avec des armes. Des témoignages à glacer le sang. Personne ne peut rester insensible face à cette situation et parce que ces femmes méritent que nous prenions tous chacun le temps d’écouter ce qu’elles ont à dire.

« Panzi du Dr. Denis Mukwege et de son confrère Guy-Bernard Cadière ». Dans ce livre il est expliqué comment fonctionne l’hôpital qui reçoit ces femmes victimes et comment les Dr. Mukwege et Dr. Cadière s’unissent pour soigner des cas qu’ils sont les seuls à pouvoir traiter. On y parle de cas marquants comme cette victime de 18 mois violée par plusieurs hommes avec des objets contendants. Malgré toutes ses prises de paroles, le Dr. Mukwege commence à perdre espoir de voir la communauté internationale réagir. Alors le Dr. Cadière et lui essayent d’opérer le maximum de victimes possibles car ils estiment que la vie de ces femmes à plus d’importance que la leur, malgré le danger des milices qui rode et l’Etat qui met des bâtons dans les roues.

« Kivu – du Paradis à l’enfer » https://books.google.fr/books?id=5IzpAgAAQBAJ&pg=PP1&lpg=PP1&dq=kivu+du+paradis+%C3%A0+l%27enfer&source=bl&ots=hO8BqDqoIb&sig=TscpNExNJajxC_TCpUKFLt55oeY&hl=fr&sa=X&ved=0CFMQ6AEwC2oVChMI0tPTxYzyxgIVggksCh3lMAsL#v=onepage&q=kivu%20du%20paradis%20%C3%A0%20l’enfer&f=false

A voir :

« L’homme qui répare les femmes – la colère d’hippocrate » Documentaire sur le Dr. Denis Mukwege :

Blood Coltan :


Cet article a été rédigé par Mas Aymard Kina 

Bio de Mas : Étudiant du Mba Esg stratégie et communication digitale, Passionné par les merveilles du web et Futur Expert en stratégie digitale. Slogan 2.0 : Mon réseau se veut comme le web, sans frontières

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