Et si la Diaspora refusait l’intégration ?

Le réveil sonne, le bouton de rappel permet de gagner 9 précieuses minutes après lesquelles on se lève encore plus fatigué. Lancer le café. Filer à la douche. S’habiller rapidement. Prendre son café en lisant les derniers posts sur les réseaux sociaux. Vérifier les factures à payer dans la journée et ce qui manque pour les courses au retour. Le niveau de linge sale. Se dépêcher pour ne pas rater le bus et être en retard au travail. C’est mal vu d’être retard au travail. Et sans travail c’est la rue.

Voici en deux mots, une tranche de vie, prélevée dans un échantillon de la main d’œuvre constituant l’essentiel de la classe moyenne locale ou des diasporas. Dans le cas des nouveaux immigrants, bien souvent ceux qui n’ont pas forcément de support local en cas de difficulté majeure, que le risque est plus important de se retrouver dans une situation précaire qui pourrait s’accompagner a priori d’une frigidité dans le désir de mobilité sociale voire d’un désir de retour ou de nouveau départ vers une autre ville, un autre pays. Pourtant et c’est bien là le bât blesse, les membres des diasporas font partie des couches de la population les plus disponibles sur le marché de l’emploi (dit comme ça je ne choque pas encore). Rien qu’en 2011, selon Statistique Canada le taux d’emploi chez les immigrants et les natifs du Canada âgés de 25 à 54 ans au Québec était le plus bas de toutes les provinces. Pourtant, le taux d’emploi des immigrants natifs des Philippines et âgés de 25 à 54 ans s’établissait à 85,6 %, soit un taux plus élevé que celui des natifs du Canada (82,9 %) et bien supérieur à celui de l’ensemble de la population née en Asie (73,1 %). Également depuis 2006, les immigrants natifs d’Afrique affichent le taux d’emploi le plus faible de tous les immigrants. En 2011, ce taux se situait à 70,1 %. Les immigrants nés en Afrique représentent près de 10 % de la population active immigrante âgée de 25 à 54 ans. Les immigrants nés en Afrique et résidants au pays depuis cinq ans ou moins, en particulier, sont davantage confrontés à des difficultés sur le marché du travail. Leur taux d’emploi s’établissait à 55,7 % en 2011. En revanche, les immigrants natifs d’Afrique et établis au pays depuis plus de 10 ans affichaient un taux d’emploi de 77,3 %.

Ces données qui ont sans doute évolué depuis m’amènent à m’interroger d’une façon similaire à Axelle Kabou (et si l’Afrique refusait le développement ? L’Harmattan 1991) sur le bien-fondé de l’intégration dans des sociétés qui ne sont toujours pas ou plus prêtes à nous accueillir et où la cohésion sociale tient des liens francs ou hypocrites (protégé par la loi) qui unissent les différents groupes ethniques. Certes l’immigration se justifie encore par des raisons multiples que chacun trouvera plus légitimes à son niveau.

D’autant plus qu’un monde sans échanges ou chocs culturels serait assez triste à concevoir à la longue et ne serait pas une réponse adéquate aux excès passés de la mondialisation. Là où je veux en venir modestement, sans pour autant écrire un livre dessus. C’est de nous poser la question : pourquoi continuer d’investir sur un sol dont le Système n’est fait que pour exploiter notre sel d’Homme sans en partager le fruit ?

Observons le tableau d’un immigré travailleur qualifié, fraîchement arrivé. Son CV et sa lettre de motivation ne sont pas conformes (4 jours minimum de pénitence), dont les diplômes ne pas tous conforme (reconnaissance quasi obligatoire). Qui reprend des études avec un système de prêt et bourses (vicieux). Qui trouve un emploi alimentaire à l’issue de son parcours académique pour payer son prêt d’étude. Qui tarde à trouver un emploi dans son domaine, car il n’a toujours pas l’expérience québécoise qui vient, disons le plus facilement avec un réseau local. Il s’améliore en anglais en traînant avec des amis caribéens. Puis son diplôme devient obsolète. Il doit à nouveau transférer ses compétences vers un autre métier. Fort heureusement il trouve du travail (après baisse des attentes, le lavage de cerveau est passé) et doit s’acheter une voiture pour y aller. La banque prête. Il rencontre sa conjointe et au bout de quelques années. Ils décident de fonder un foyer. Ils pensent à acheter d’abord.

La banque monte un dossier d’hypothèque. Les quelques rares vacances se font sur carte de crédit. Un de plus prit dans l’engrenage des dettes qu’il gardera toute sa vie jusqu’à son décès (et qu’il paie à son âme) et ses enfants vendront tout pour sauver le peu qui reste. Et à eux même leur propre combat face à l’aliénation des dettes.

C’est là encore le triste quotidien de beaucoup. On ne se le répétera pas assez qu’il s’agit d’un Système que même les natifs, locaux, alocaux sont pris dans le même piège à la différence du patrimoine bonifié et transmis pour certains. D’aucuns vous diront que c’est un gage de maturité et qu’il faut assumer ses responsabilités vs ceux qui se jouent du Système en rebelles. Je ne juge pas, je jauge.

Quand l’intégration ne garantit pas à l’individu de jouir des mêmes possibilités de mobilité sociale et d’indépendance financière que son hôte et le confère à un rôle qui ne consiste qu’en la consommation de produits et services censés faire tourner l’économie, à quoi bon s’obstiner à être les bons élèves de cette hospitalité ? On se doit de réfléchir à deux fois à nos choix de vie dans notre époque. Il est temps en effet d’envisager de nouveaux styles de vie, pouvant nous permettre de nous adapter aux contraintes civiques et légales qui pèsent sur nous sans pour autant se laisser abuser en tant que victimes faciles de règles mafieuses ou pernicieuses. Par exemple, pourrait-on, nous aussi, vivre en expatrié, sur nos terres d’immigration ? Évitant l’assimilation et œuvrant pour nos communautés respectives tout en contribuant à l’économie locale de façon équitable et non avec amertume. C’est l’excès d’iniquité dans le traitement de la main d’œuvre immigrante que je me permets de fustiger ici.

Pour ne pas être long, j’estime qu’avec l’entrepreneuriat et ce que j’appelle le paraentrepreneuriat (à mi-temps), il est possible de poser les bases d’une alternative à ce système implacable. Et ceci non pas par rejet ou en mettant en place un autre système comme l’a été le bloc soviétique, mais en misant sur la place prépondérante que doit jouer l’humain dans l’économie notamment par la force et le moteur de sa voie informelle. C’est donc une question d’Attitude à mettre en avant à travers des principes très simples tels que la recherche systématique de la richesse assortie d’ascétisme, la solidarité en communauté, l’effort réaliste, la connaissance, le patrimoine transmissible et encore d’autres que je développe dans mon modèle économique qui vise cette réappropriation du Futur économique du Peuple que je nomme « l’a-guère », mais qui n’est représenté que par les membres bigarrés des mains d’œuvres ethniques et informelles (d’uniforme et de sang noir) qui font dans notre contemporain leur conversion à l’entrepreneuriat par la force des choses (contexte économique) et surtout pour réaliser à chaque génération un saut quantique dans le revenu de leur communauté.

C’est là, la vision que je partage sur http://www.theleanintention.com/ et qui est le cœur de mon deal :

« Faire de l’économie informelle une alternative de qualité au système libéral »


Cet article a été rédigé par Arnaud Segla du site Entrepreneurethnik
Bio de Arnaud : Arnaud Segla M. Sc., M. Sc. A., CAPM, consultant en gestion de projets et ingénierie d’affaires spécialisé dans l’entrepreneuriat ethnique partage avec nous ses conseils professionnelles. Il organise et anime des activités professionnelles et accompagne plusieurs entrepreneurs dans l’atteinte des objectifs de leur projet d’affaires.
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