FRED ADJIWANOU : « Le salaire ne justifie pas la qualité du sportif »

FRED ADJIWANOU : « Le salaire ne justifie pas la qualité du sportif »

fredadjiwanouFrédéric Adjiwanou aurait pu être le fer de lance du Togo lors de l’Afrobasket 2011. Malheureusement, le joueur n’a pas répondu favorablement à l’appel de la Fédération Togolaise de Basketball.

Après plusieurs saisons au sein dans l’élite française (Orléans, le Mans…), cet ailier fort de 2m04 âgé de 33 ans est un basketteur épanoui à Aix-Maurienne (Pro B). Tout en ayant connu 7 clubs en 9 ans, l’homme s’est construit sur des valeurs et des principes.

Nos partenaires de « Confessions Sportifs » sont allés à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ses motivations de carrière et la gestion des périodes d’intersaison.

 

Quels sont les critères que tu privilégies pour faire des choix à l’intersaison ?

Le 1er critère pour moi est la situation géographique, ensuite l’histoire de l’équipe, ce qu’elle a fait la saison précédente et les objectifs pour celle à venir, puis l’entraineur, surtout à mon âge parce que je pense que quand on est vétéran, on recherche un bon équilibre avec le coach, une personne avec qui on va pouvoir communiquer. Et enfin, il y a l’aspect financier, qui doit être en corrélation avec le projet sportif proposé. Je suis marié et j’ai des enfants et c’est important pour mes enfants et leur éducation de pouvoir se projeter un peu dans le futur. Si je devais tout mettre en ordre croissant, je dirais le lieu, le projet sportif, l’aspect financier et enfin le coach.

Aujourd’hui, tu dis que l’aspect financier arrive en 3ème position, est ce que ça a toujours été le cas ?

Quand je suis arrivé à Reims, je sortais de la fac donc j’ai privilégié le temps de jeu à l’aspect financier et même à la situation géographique.

Ensuite, je suis allé au Mans. Là, ma priorité était l’aspect sportif, ils venaient d’être champions de France et j’allais jouer l’Euroleague donc automatiquement, l’aspect financier a suivi. Quand tu joues dans les plus grosses écuries françaises, c’est un peu normal que le salaire suive.

A Orléans, je souhaitais me relancer donc l’aspect sportif, coach et projet, était encore une fois prépondérant mais l’aspect financier a suivi.

Après, j’ai connu des périodes de blessures assez longues et, à partir de ce moment, c’est l’aspect sportif – jouer, avoir des responsabilités, se faire plaisir sur le terrain, être dans une bonne structure – qui a pris le dessus sur le reste y compris l’aspect financier.

Aujourd’hui, je suis à Aix-Maurienne et l’aspect géographique, compte tenu de mon âge, de ma situation familiale, du fait que je voulais revenir à mes origines, dans une ville proche de mon lieu de naissance et faire découvrir à ma famille la région Rhône-Alpes, a été le plus important.

Après, est ce que l’aspect financier était prépondérant ? Je dirai honnêtement non, parce que j’ai un retour humain aujourd’hui qui n’a pas de prix.

Quand on est jeune et qu’on débute dans le basket professionnel, c’est vrai qu’on veut tous du strass et des paillettes, toucher ce fameux salaire à 6 chiffres, jouer dans une grosse équipe de Pro A, faire une coupe d’Europe, etc. Après, il faut savoir que quand tu y as gouté, c’est là que tu réalises que c’est quand même dur pour y arriver mais que c’est encore plus compliqué d’y rester parce que ça demande beaucoup de travail et des sacrifices. Tout le monde pense à l’aspect financier mais faut pas se leurrer : c’est bien beau de gagner beaucoup d’argent mais ce qu’il y a de plus dur derrière, c’est de pouvoir faire quelque chose de cet argent. Si c’est pour se dire que je vais jouer dans telle équipe pour gagner 100 ou 500 euros de plus par mois et que derrière, il n’y a pas d’épanouissement sportif, ça sert à rien. C’est bien beau d’avoir un beau contrat mais si tu es au bout du banc et que tu n’as pas de temps de jeu, tout ce que tu vas gagner, c’est de la frustration. N’est-ce pas mieux de trouver une structure qui va t’apporter ce que tu souhaites sportivement, te permettre de t’épanouir en gagnant peut-être un peu moins, faire que quand tu te lèves le matin, tu vas à l’entrainement en sachant que tu vas prendre du plaisir et de la reconnaissance ? Ou alors gagner 10 000 euros par mois, être en bout de banc et dégouté parce que tu ne joues pas ?

A mes yeux, le salaire ne justifie pas la qualité du sportif.

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Le salaire à 6 chiffres, tu l’as eu ?

Oui (rires). C’était bien financièrement évidemment, ça m’a permis de faire pas mal de choses et c’est arrivé au moment où je suis devenu papa.

Mais sportivement, malheureusement, enfin non pas malheureusement, parce que la situation sportive a fait que c’était plus une déception pour les résultats de l’équipe, qui a fait que je n’ai pas pu m’épanouir sur le terrain.

C’était au Mans (2006-2007) et si on avait fait une meilleure saison, je serai resté là-bas et j’aurais pu concilier tous les aspects importants à mes yeux.

Mais au jour d’aujourd’hui, je suis à Aix-Maurienne et j’ai privilégié l’aspect géographique, l’épanouissement sportif et familial par rapport à l’argent alors que j’aurais pu signer pour beaucoup plus.

Mais comme disent les américains « Not all money is good money » !

 

Un baroud d’honneur en 2015 avec la sélection togolaise pour le grand Fred ? Les éperviers en aurait bien besoin. Voici un de ses contres en haute altitude :


Le contre du match de Frédéric Adjiwanou #AMSB par AMSBasket

 

Retrouvez tous les mercredis, les chroniques de Seb Raoul sur « Confessions de Sportifs »

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