Afro Inspiration : Olivier MADIBA, fondateur de Kiro’o Games

Le jeu Aurion: l’heritage des Koriodan est le premier opus de type Kiro’o Tales, une nouvelle façon de raconter et de faire jouer les histoires que l’équipe africaine de Kiro’o Games a mise au point.

Le jeu développé depuis quelques années dans un studio de Yaoundé est sur le point de sortir sa première version. Pour en savoir plus, nous avons rencontré Olivier Madiba le fondateur de Kiro’o Games.

Olivier MADIBA fondateur de Kiro'o Games
Olivier MADIBA fondateur de Kiro’o Games

Bonjour Olivier, présentez-vous pour nos lecteurs (origines, ville de résidence, études) ?

Bonjour je suis un jeune camerounais de 28 ans, né à Douala, la capitale économique du Cameroun en Afrique Centrale. Je vis actuellement à Yaoundé (notre capitale administrative). Je suis titulaire d’une licence en informatique obtenue à l’Université de Yaoundé 1. Avec mon équipe, nous travaillons actuellement à mettre sur pied le premier studio de création de jeux vidéos d’Afrique Centrale : KIRO’O GAMES.

Sur quels projets as-tu travaillé avant Kiro’o ? Introduit nous plus en détail au groupe Madia qui est à la fois une association et une entreprise.

Au cours des dernières années, j’ai essentiellement travaillé à monter le groupe MADIA. MADIA vient d’un jeu de mot entre « MADIBA » et « MAMIA » qui est la 2ième tête du groupe. MADIA a été fondé par des amis de faculté et moi alors que nous avions 22 ans. Nous avons commencé avec 25 000 FCFA en fin 2007 et nous avons bossé (10h par jour) pendant 2 ans sans salaire en continuant nos études en tant qu’association pour arriver à monter l’entreprise MADIA Sarl en 2009. On vivait alors de l’argent de poche que nos parents nous envoyaient encore comme étudiant.

J’ai donc successivement occupé les postes suivants :

– Secrétaire Général de MADIA Association

– Directeur Général de MADIA ETS (devenue Sarl)

Sinon avant MADIA je gérais mon studio de jeu vidéo amateur où j’étais programmeur, dessinateur (un peu tout en fait), cette pluri-displinarité est ce qui a fait ma force quand il fallait gérer MADIA où pendant un bon bout j’ai géré presque tout les postes en parties. C’est de cette expérience de gestion que je tiens la rigeur et la culture du bien faire que mes collaborateurs et moi partageons tous aujourd’hui.

Je suis aussi écrivain, j’ai écris un livre Jour et Nuit publié à Ifrikya en 2009 qui a gagné un prix. C’était un roman philosophique.

Au cours de ma carrière à MADIA, j’ai pu être consultant de projets internationaux, comme le projet FNRBA en partenariat avec l’AIEA.

Mon parcours est visible sur mon LinkedIN public

Qui sont les personnes composant la structure ?

KIRO’O GAMES est constitué des promoteurs et cadres principaux suivants (avec leur poste et parcours sur LinkedIN)

o MADIBA Olivier (Lead Project/ Gamedesigner/ Scénariste/ Programmeur)
o YAKAN Dominique (Expert Illustration et Level Designer)
o NONO WOUAFFO Hugues (IA Main concepter)
o BASSANGNA Jean Yves (Co-Lead Projet et Ingenieur Son)
o MELI Patrick Hervé (Lead Designers)
o TONYE DIPENDE Donatien (Stratégie en Marketing et communication)
o TCHEKOULONG Delphin (Lead programmer)
o PONDY Georges (Lead Artist)
o + 18 membres pré-recrutés sur les 22 nécessaires (le reste a déjà passé le casting et sera appelé dès la levée des fonds)

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De droite a gauche, Pondy Georges, Madiba Olivier, Bassangna Yves.
Photo de travail avec l’équipe Kiro’o, brainstorming sur le scénario
Photo de travail avec l’équipe Kiro’o, brainstorming sur le scénario

Le studio Kiro’o Games existe-t-il déjà ? Où sont les bureaux ?

Pour le moment nous levons les fonds pour installer le studio physiquement, mais nous avons travaillé dans les locaux de MADIA, il y avait de l’espace et on s’est « serré » quelques temps. Donc on a un pré-studio à Yaoundé. Une fois les fonds nécessaires obtenus, nous installerons le studio dans un local dédié toujours dans la ville de Yaoundé.

Pourquoi as-tu choisi le nom Kiro’o ? Que signifie-t-il ?

Kiro’o vient d’un jeu de mot sur l’expression Kiro’o Maonno en Swaheli qui signifie « Vision Spirituelle » . Comme vous pouvez le deviner sur la symbolique de notre logo, nous visons à créer un éveil intérieur par le jeu vidéo, au-delà de la dose d’action et d’effets spéciaux qui sera aussi beaucoup mise en scène.

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La tradition africaine est très orale, du coup elle n’a pas bien pu se transmettre à la « foule » lorsque nous sommes quittés du système de village au système de villes. Nous pensons qu’en puisant dans ce que notre sagesse locale a d’universel, nous pourrons inspirer le monde entier via nos jeux.

Kiro’o c’est pas simplement un nom, mais aussi un « nouveau genre » au même titre que le manga ou le comics qui s’appellerait donc le Kiro’o Tales. Qu’en est-il exactement d’un point de vue narratif, visuel et sonore ?

Je ne vais pas donner toute la recette ici, mais disons que voici les principales pistes :

– Kiro’o narratif : exploiter notre histoire, traditions, nos personnages historiques (bon et mauvais) comme base pour créer des mondes virtuels avec des nouveaux canons psychologiques et de potentiels nouveaux dilemmes et drame à mettre en scène. La méthodologie insistera énormément sur la notion de « travail sur soi » que les personnages doivent véhiculer. Le but du kiro’o narratif, en Afrique est de pallier au manque d’intérêt des jeunes pour la lecture normale.

– Kiro’o visuel : créer un signature graphique et un cannevas de dessins qui soit directement identifiables mais avec un fort potentiel d’exportation. Le but est par exemple de définir les méthodes qui permettront à des créatifs d’inclure la « philosophie » derrière nos frises traditionnelles dans leurs textures.

– Kiro’o sonore : J’invite les lecteurs à suivre cette bande annonce de la vieille version du jeu (on avait pas encore de dessinateurs) pour avoir un aperçu du phénomène : https://www.youtube.com/watch?v=PP5-aA5C_xs

C’est cette méthodologie que nous allons compiler dans un livre appeler Kiro’o Tales qui va décrire les règles de créations d’une œuvre Kiro’o.

On a l’impression que le livre sur le Kiro’o Tales va servir de guide de référence pour votre univers. Est-ce bien cela ?

En fait notre premier jeu servira de projet pilote pour la méthodologie, on a déjà rôdé une partie, mais on va sans doute affiner des points une fois sur le terrain. On veut « offrir » la méthode au monde et aux autres créateurs africains. Il est important de générer une industrie compétitive. On nous a demandé si on a  peur de la concurrence. On pense que de bons concurrents vont aux contraire nous stimuler à toujours être meilleur et c’est bon pour l’économie locale et les joueurs.

Ce projet est murement pensé puisque ça fait déjà 10 ans qu’il existe.

Quand tu as commencé y’a 10 ans c’est la que tu t’imaginais aujourd’hui ?

Non, je m’imaginais au mieux être un jour dans une des boîte existantes (Nintendo, Konami, Capcom et surtout Squaresoft) je n’aurais jamais imaginé sérieusement créer un studio au Cameroun il y a 10 ans. Mais comme disent toutes les personnalités à succès : il faut faire le premier pas, et Dieu (et beaucouuuuuup de travail) se chargent du reste.

Alors la particularité du jeu est d’utiliser la mythologie africaine comme trame narrative de tes jeux vidéos. Quelles possibilités t’offre la culture africaine que tu ne trouvais pas dans un autre univers ?

Une énorme diversité d’inspiration. Rien qu’en prenant le Cameroun avec nos 300 ethnies ça fait 300 sources d’inspirations pour des peuples imaginaires virtuels. Au niveau de nos traditions par exemple on s’est amusé à mettre en scène la dot d’Erine (l’héroïne principale du jeu) avec Enzo (le héros). On a bien sûr exagéré les épreuves, mais pour un joueur c’était la première fois qu’ils vivaient une épreuve où il faut convaincre les amis du père de la mariée en allant faire différente épreuves symboliques. De plus, on a ensuite fait un « remix » du culte du Ngondo chez les sawas (le groupe ethnique dont je suis originaire) pour donner toute une profondeur à une épreuve de nage sous-marine.

Au niveau des éléments géographiques aussi, l’agencement de nos cités sera assez inédit. La première citée est construite avec les cases qui sont des versions « fantasmée » de nos cases traditionnelles à l’Ouest du Cameroun.

Même au niveau du scénario, on ne dit pas qu’on va réinventer toute la roue, mais notre position géopolitique (de l’Afrique) nous permet de comprendre tous les enjeux de la race humaine avec une vue centrale. C’est une intéressante source d’inspiration pour présenter certains dilemmes humains avec un axe très innovant pour le monde du jeu vidéo.

https://www.youtube.com/watch?v=MvzrDhu4xus

Tu affirmes notamment que le genre du jeu vidéo s’essouffle (source vidéo 2). Peux-tu développer ton point ?

Bon la phrase peut paraître lourde, disons qu’il y a quand même une crise d’innovation dans la sphère « principale », les jeux sont devenus coûteux donc il y a une tendance à jouer la carte de la sécurité pour les éditeurs de jeux et des studios. C’est simple les gros studios doivent être rentables et du coup on a tendance à museler le talent des concepteurs en leurs exigeant des clones de ce qui a marché, ce qui hélas suffit justement de plus en plus rarement.

Une autre chose, c’est le « blues des gamers », ça fait 20 ans que nous jouons, on est plus aussi émerveillé devant les jeux qu’avant. Autrefois on avait un jeu pour toute une année (celui qu’on avait mérité à Noël) aujourd’hui vous achetez 3 jeux par semaine. La vie à 100 à l’heure du capitalisme aussi créer un gros vide existentiel intérieur que les gamers ont tendance à vouloir compenser dans leurs univers virtuels, mais ce n’est pas évident, les jeux supposent que vous êtes déjà heureux en venant les jouer. C’est un des axes que le kiro’o va tenter de combler.

Par contre dans la sphère des jeux dit « indépendants » la créativité est là et on voit des jeux très innovants chaque jour.

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