La démocratie au Cameroun : Une Nouvelle Démocratie ? par Louis-Fréderic Moudourou

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Le Cameroun, un Etat « adémocratique » (partie 3)

3. Une Nouvelle Démocratie ?

Après la victoire des Alliés et la défaite de l’Allemagne, Le Cameroun a été après la guerre soumis à la tutelle de la France, c’est de cette manière que le destin de ce pays d’Afrique Centrale s’est vu lié à jamais à celui de ce pays d’Occident soucieux d’accroitre son hégémonie en s’affidant son pré-carré Africain. Cette soumission va se manifester de plusieurs manières, mais surtout par une obédience politique et économique. En effet le Cameroun n’a pas seulement hérité de la langue ou des mœurs françaises, le Cameroun a aussi hérité des institutions Française.

Personne ne met en doute les bienfaits de la démocratie, toutefois, chaque civilisation possède ces propres mœurs, ces traditions; Il est pertinent d’observer que bon nombre de régimes qui ont été récemment ou qui sont toujours dictatoriaux ont été dans un passé proche des civilisations ayant à leur tête un homme fort, un patriarche, un protecteur de la Cité. La Chine par exemple a été un Empire pendant des millénaires jusqu’au début du XXème Siècle, la Russie a été un Empire jusqu’à la Révolution Bolchévique de 1917. Peut-on en conclure que ces peuples acceptent plus facilement la répression par tradition ? La réponse est sans doute très complexe, nous ne pouvons y répondre aisément. Par analogie, peut on dire que les sociétés Africaines (qui ont été et qui sont restées très traditionnelles, reconnaissant avant tout l’autorité du chef de famille ou du chef du village;) acceptent la domination des régimes en place car l’idée d’un Homme fort guidant le peuple est encrée dans les mœurs? En clair, est-il judicieux d’avoir calqué les institutions Françaises ? N’aurait-il été plus judicieux de se servir du modèle démocratique pour modeler un régime à l’image du Cameroun ? L’Inde, par exemple, plus grande démocratie du monde (par le nombre d’électeurs) a introduit dans sa Constitution des textes prévoyant la mixité ethnique au sein des institutions afin d’assurer l’équilibre régional.

Certains auteurs soutiennent l’idée que la démocratie en Afrique est la solution à tous les maux, ces derniers prétendent qu’un éventuel développement économique passe nécessairement par une démocratisation à grande échelle. Quid de la Chine et de la Russie ? La Chine n’est-elle pas la deuxième puissance mondiale sans être pour autant une démocratie ?

Je pense personnellement que la démocratie serait salutaire pour l’Afrique. La Chine reste une exception, il n’y a pas de hasard si les pays les plus développés sont des démocraties. Sir Winston Churchill disait « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes».

Le XXIème Siècle Sera-t-il Camerounais ?

On prétendait l’Afrique pauvre, animiste, rurale, maudite. Depuis le début du XXIème Siècle elle semble prendre le virage de l’industrialisation, du développement économique, et devient peu à peu le centre des enjeux mondiaux, la terre promise de nombreux investisseurs. La Nouvelle Afrique devenue monothéiste, urbaine, va-t-elle rattraper le train des pays l’industrialisés ?

De nombreux pays comme la Chine, l’Inde le Brésil, l’Afrique du Sud communément désignés par l’acronyme « BRICS » ont en quelques années inversés la tendance. Les Chinois, étaient il y a quelques années encore surnommés « les jaunes », expression péjorative et dénigrante. Ce peuple millénaire est aujourd’hui craint et respectés de tous.

Que faut-il au Cameroun et plus généralement à l’Afrique pour rejoindre la dynamique des pays émergents ? Le Cameroun pour se hisser d’ici 2035 au cercle très fermé des pays émergents a besoin dans son ossature d’un homme fort. Un rassembleur ayant une vision pour le pays, redonnant vigueur et fierté, vertus consubstantielles à l’Homme Camerounais. L’illustration  in conreto, qui prouve que cet objectif n’est pas une chimérique est celle de L’ancien président Brésilien Lula.

Lula en deux mandats à fait rejoindre 20 millions de brésiliens à la classe moyenne, faisant d’eux des propriétaires grâce à des avantages fiscaux et des taux d’intérêts bas. Le taux de pauvreté est passé de 38 à 13% en 8 ans. Le Brésil affiche désormais des taux de croissance aux alentours de 5 à 8%, le Brésil se classe désormais au neuvième rang des puissances mondiales, derrière la France et devant l’Italie ou le Mexique. En facilitant l’accès au crédit, Lula a permis de stimuler la croissance intérieure et de favoriser l’émergence d’une classe moyenne. En combinant à cela l’électrification de l’ensemble du territoire brésilien, il a permis de doper l’achat de réfrigérateurs, de téléviseurs etc…. Grâce à cette politique, le Brésil est devenu le troisième marché informatique du globe. Le ministère du Développement Social et du Combat contre la Faim a vu son budget doubler sous les deux présidences de Lula. Le programme Bolsa Familia en est le symbole. Il permet à toutes les familles précaires de bénéficier d’une aide d’environ trente euros (20000 FCFA) par mois conditionnée à la scolarisation des enfants et à leur vaccination. Cet audacieux programme aujourd’hui reconnu comme modèle bénéficierait à environ 25% de la population, a déjà permis une nette régression de la mortalité infantile et une chute de 74% de la malnutrition infantile.

Le Cameroun devra miser sur toutes ces ressources pour connaître une métamorphose à l’image du Brésil. Maximilien de Béthune, duc de Sully ami et ministre du roi Henri IV aimait à répéter ces mots : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Le Cameroun devra exploiter ces forêts du Sud, ces terres fertiles de l’Ouest, son élevage au Nord, et surtout son potentiel sous-terrain. Cette évolution devra se faire par le concours indispensable de la Jeunesse Camerounaise fer de lance de cette éventuelle révolution i. Il est intéressant d’observer cette prise de conscience de la pépinière camerounaise par les actions qu’elle mène. Sur le plan social, je songe notamment à une association en particulier qui œuvre véritablement pour les plus démunis au Cameroun, Melting Pot Development crée par Serge Stéphane Owana. Cette jeunesse s’illustre encore par une effervescence culturelle et intellectuelle qu’on peut observer sur la toile par son flux d’activité au sein des réseaux sociaux, véritable parlement à ciel ouvert. Elle se manifeste encore dans la littérature, je pense à l’ouvrage écrit par ce jeune Camerounais Hiram Samuel Iyodi « rêves d’un jeune patriote pour le Cameroun ». Churchill le disait, « il n’y a pas de meilleur placement pour un pays que de mettre du lait dans ses enfants ».

Ce changement prendra corps si une réelle volonté de démocratisation des mœurs se produit au sein de l’espace publique et au sommet des instances dirigeantes. En effet pour expliquer la nécessité d’une démocratisation au sein du microcosme politique, l’exemple de l’âne aiderait les plus circonspects à imaginer les bienfaits d’un tel changement. L’âne ne s’emploie à la tâche que si au bout de l’effort, une récompense lui est promise. Cette réalité naturelle s’est traduite par une expression courante de la langue française « marcher à la carotte ». De la même manière, si une réelle transparence électorale est instituée, un représentant élus du peuple s’emploiera à la tâche dans l’espoir de voir son effort récompensé par un plébiscite populaire. La réélection doit être une épée de Damoclès au-dessus de la tête des nantis de la République qui viendrait sanctionner un mandat. A contrario, Si le jeu démocratique est biaisé par l’opacité du processus électoral rendant la vox populi inaudible, ce représentant dans l’assurance d’une récompense ad vitam aeternam, fournira un effort fictif à la réalisation de la mission.

Ce changement tant attendu se fera soit par l’élan politique comme nous l’avons vous au Brésil, soit par l’initiative populaire comme ce fut le cas lors du printemps arabe. Les Camerounais comme nous le disions au début sont assis sur un trésor, ne tient qu’à eux de l’exploiter afin d’atteindre les objectifs du 3ème millénaire, et de faire face plus sereinement aux vicissitudes économiques qui se multiplient depuis le début du siècle.

FIN DU DOSSIER

Louis-Fréderic Moudourou Etudiant à la Faculté de Droit de l’université Paris 1, Panthéon-Sorbonne.

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