Depuis peu, Fumilayo Adékounlé assiste Arnaud Sègla à la fois dans la rédaction de blogs à des Entrepreneurs Ethniques que dans les pôles de Consultation et de Recherche de la firme The Wisemen Council. Aujourd’hui, ils échangent pour un premier essai d’une nouvelle série sur entrepreneurethnik.com en donnant leurs points de vue mutuels d’adulte de la Diaspora africaine vs jeune femme des Perfora africains pour nous parler des possibilités et difficultés des combats quotidiens de réappropriation ethnique et de développement économique des communautés Noires et au-delà du Sud dans ce qui prend le format d’une agrégation d’idées plus que d’un débat. La problématique et fil directeur de cette agrégation est: «Quels ponts simples d’échange et de partage peut-on mettre en place au niveau individuel ou communautaire, par-delà les clichés et préjugés ethnoculturels ou encore les enjeux et jeux dangereux géopolitique, visant à mettre en place une stratégie gagnante pour la souveraineté socioéconomique de l’Afrique?»

Arnaud Sègla: Bonjour Fumilayo. Tout d’abord, merci pour ta contribution aux activités des projets de The Wisemen Council. Nous allons échanger sans modération vu qu’il s’agit d’une agrégation d’idées et non d’un débat. Je vais tenir ma partie de couverture en tant que Mentor et tu pourras tirer sur la tienne en tant que jeune femme de la Relève entrepreneuriale.

Ceci dit je voulais tout d’abord partager une partie de la vision qui guide mes projets humain, professionnel et d’affaires et savoir déjà ce que tu en penses en tant que jeune femme africaine.

Nous sommes rentrés dans un cycle de l’humanité où le combat est engagé pour la réduction ou l’éradication de la pauvreté sachant qu’il s’agit pour moi à la fois d’une redéfinition de modèle et d’une révolution (par retour d’évolution) de la pensée économique.

Cela intervient après d’autres révolution dans les droits civiques, le pouvoir politique, le commerce des hommes, la souveraineté territoriale, le culte religieux par le polythéisme etc.

La notion de race est quant à elle un défi transversal à toutes ces révolutions et révélations de doctrines contre les injustices de chaque époque et qui concerne des archétypes différents et des lieux différents.

Beaucoup ont choisi dans notre contemporain de lutter contre le mal majeur qu’est la pauvreté, en requérant des pauvres une meilleure production de richesse et de valeur comme solution et panacée d’un point de vue Libéral en économie de Marché

Or pour moi, le problème ne vient pas de l’inefficacité des actifs pauvres quels que soient leurs lieux géographiques mais bien de l’absence ou du peu de partage d’ouvrage et de débouchés par les « passifs » riches souvent dans les pays dits « industrialisés »

Cela m’a amené à travailler sur un Modèle socioéconomique informel d’Attitudes du Sud que s’appelle la Méthode Ka et dont le Message « Chaque Homme est important aux yeux de Dieu » traduit la nécessité de considération et de reconnaissance d’une multiplicité des types de profils de consommation notamment pas toujours définit par le besoin mais aussi le contentement avec une « cinquantaine » d’échelle de nuance entre les deux.

Voilà pour la longue introduction de mon propos. Je te donne la parole pour recueillir tes premières impressions dessus.

Fumilayo Adékounlé: Bonjour Arnaud c’est moi qui te remercie de me permettre de travailler avec toi dans ta contribution au combat pour la souveraineté socioéconomique de l’Afrique. C’est un honneur en tant que femme de participer à cette agrégation

Le problème ne vient effectivement pas de l’inefficacité des actifs pauvres mais beaucoup plus de la sous information de cette couche de la société. Et nous savons que l’information se retrouve en majeure partie dans les ouvrages qui exposent les armes efficaces pour mieux lutter contre la pauvreté. Ces ouvrages ne sont pas, pour la plupart, inexistants, je dirai plutôt qu’ils sont inadéquats ou inadaptés aux réalités actuelles que rencontrent les africains dans la résolution du defi de la souveraineté socioéconomique.

La « Methode Ka » est la bienvenue tant qu’elle peut aider la population africaine notamment la jeunesse et surtout celle féminine à laquelle j’appartiens, pour une meilleure compréhension du marché économique et des défis de la vie économique actuelle.

Arnaud Sègla : Sincèrement Je ne sais plus trop quoi penser des ouvrages de littérature tant économique que sociale. D’aucuns disent avec ironie que « Si tu veux cacher quelque chose à un africain, mets le dans un livre ». Le médium de la lecture vit aussi la même disparité qui caractérise l’Afrique en plus de la diversité, où une certaine élite lit trop et reste dans un débat de concepts et une masse populaire de plus en plus jeunes se contente de rumeurs sur les sujets ou de vidéos manipulatrices quand ce n’est pas tout simplement de la distraction venant des nouvelles industries de production cinématographique africaines remettant en cause leurs bases morales traditionnelles et leurs mœurs au nom de la vente du rêve d’une Afrique moderne. Ce mépris pour l’utilité de la lecture qui se situerait dans la prise en compte suffisante et avec du recul de quelques dépêches ou blog par jour, doit je le pense être associé avec un autre type d’ouvrage qui, toujours dans la philosophie informelle et sans juste jouer sur les mots. Il fait intervenir l’action physique dans le travail, qui est un ouvrage rémunéré contre subordination et échange du temps de loisir, ainsi que les affaires, qui mettent en connexion la demande de débouchées des utilités d’entrepreneurs avec la commande d’usage de la communauté qui est à créer et non à déceler. Cela change de la vision classique de demande des consommateurs et de l’offre des producteurs du Système Libéral.

Ce qui semble jouable à court terme c’est de renforcer la dynamique de pont de partenariat technique et financier voir de vision commune entre la Diaspora et les entreprises menées sur le continent. D’un côté en exhortant ceux ayant un meilleur accès à des revenus à réduire leur train de vie pour dégager une épargne servant de Capital-bail à des acteurs économiques de type MSMEs (Micro, Small, Medium Entreprises) et de l’autre à améliorer la formation basique en sciences de gestion permettant de structurer les actes de commerce tout en maintenant l’Attitude dans une philosophie informelle.

Pour moi, Une entreprise est un effort stratégique par développement (projet), commerce (échange) ou communion (partage) visant à obtenir un résultat ou impact sur un marché (peuple, espace, ère)) par l’action d’un ou plusieurs promoteurs. Ainsi en décline tout type d’entrepreneuriat selon les domaines d’application (agriculture, Informel, livre etc.), d’implication (femmes, ethnicité, social etc.) ou de mode (intra, para, corporate etc.). Le terme “Entrepreneur” ne se limite donc pas au milieu des affaires, au monde de la construction ou à notre ère des initiatives socioéconomiques libéralisées mais bien à une dynamique ethnoculturelle dans la médiation historique et humaine.

Fumilayo Adékounlé: Les africains ne lisent pas assez et c’est bien une triste réalité. Quel que soit la richesse du livre, tant que c’est un livre ils ont bien du mal à le lire. Ceci qui favorise l’ascension des coachs en développement personnel aujourd’hui, des personnes qui ont lu 2 ou 3 livres inspirants et qui ont obtenu du succès, décident de partager leur connaissance non pas en conseillant le livre en question mais en publiant des vidéos sur les réseaux sociaux. Et puisqu’une vidéo est toujours préférable à un livre chez nous, ils deviennent des mentors ou coachs à qui l’auditoire se confie. J’ai suivi dernièrement à la radio une émission ou l’invité, un « coach », devait intervenir pour donner des conseils sur la gestion des finances. Il a cité du début jusqu’à la fin un livre très connu que j’avais lu dans le passé (« Père riche Père pauvre » de Robert Kiyosaki). Il n’a fait que des récitations du livre pourtant les auditeurs ont très apprécié son message. Je suis sûr qu’après son passage, plusieurs le contacteront pour des conseils personnels et rare voire aucun d’entre eux n’ira lire le livre même. L’Afrique est un marché de consommateurs et les personnes intelligentes sont bien déterminées à utiliser ce pouvoir de consommation de la population pour s’enrichir. L’offre est déterminée par la demande. Nous n’avons pas la culture de la lecture et c’est bien dommage. Je précise « nous », parce que tu es témoin que moi aussi j’ai eu beaucoup de mal à lire tes ouvrages, surtout parce que je n’y comprenais pas grand-chose. Les livres que j’ai lus jusqu’à aujourd’hui, j’ai pu les lire seulement parce que j’avais une soif de connaissances dans des domaines donnés. Tous ceux à qui j’ai conseillé ces livres, qui coûtent environ 5 a 15000f CFA, ne les ont pas lus pourtant ils ont besoin de connaissance pour changer tel ou tel aspect de leur vie surtout en matière de finances.

Ce n’est cependant pas une raison pour ne pas conseiller des livres aux africains. Surtout quand je vois comment les jeunes femmes de mon âge dépensent leurs ressources financières. La plupart des discussions entre filles tournent autour des achats de mèches, de pagnes, de sacs à mains, rien que des produits importés de pays développés comme la Chine. Pas de vision à long terme. C’est étonnant de voir qu’elles pensent sincèrement que tout l’argent qui rentre dans leurs mains est destiné à la consommation dans des produits. L’égoïsme, le suivisme, les concurrences inutiles de rivalité dominent le mode de pensée de la population féminine surtout celles des plus jeunes étudiantes de mon âge.

Bien évidemment, les vendeurs se font des bénéfices à travers ces consommations. Trop de personnes chez nous veulent à la fois vivre au-dessus de leurs moyens, et réaliser leurs projets d’avenir, ce qui n’est pas possible sans la discipline et une base de connaissances pratiques en gestion. Nous avons besoin de penser autrement, de voir ce qui se passe ailleurs et de nous lever pour agir autrement. Et c’est alors que le rôle de la Diaspora est important pour permettre de connaître la réalité de l’autre côté du continent. Une association entre Diaspora et Perfora à travers des échanges ne sera que bénéfique pour attiser la dynamique, et aider les entrepreneurs ethniques à mieux grandir.

Arnaud Segla: Je me rappelle qu’il y a peu, en attendant au feu rouge sur un taxi-moto, j’étais surpris de voir ce livre devenu culte (voire issu d’un culte) être proposé par les vendeurs ambulants entre calendriers, victuailles et produits venants de Chine. Pour moi, le paradoxe est qu’un livre qui rend populaire les principes de littérature financière ait tant de succès car son but annoncé et plutôt alléchant comme tout fromage est de troquer la pauvreté pour la richesse sur une simple modification de comportement de Corbeau à Renard.

Je dois dire que moi aussi j’avais cédé à l’emballement autour d’un autre livre qui concerne moins la finance populaire mais l’innovation dans l’entrepreneuriat. Il s’agit du mouvement du Lean Startup. Après être remis de mon enthousiasme, je n’y ai vu que l’application des Méthodes Agile en gestion de projets au domaine de l’entrepreneuriat. Tout comme l’opposition quelque peu manichéenne entre le Père pauvre et le Père riche fait l’apologie de cette économie de marché trop portée sur la Finance et qui délaisse la préservation du patrimoine terrestre et humain en matière de choix de stratégies de développement.

Dans l’un ou l’autre des cas les peuples du Sud en général et Afro-descendants ou Africains en particulier ont cette propension à une forme d’exotisme de consommation les premiers de façon atemporelle avec le weed de l’Antiquité égyptienne, les second de façon culturelle avec l’opium des Acquisitions modernes. À aucun moment, notre propre Attitude ne mène à l’observation d’abord puis à l’adhésion voire la prise en compte de nos propres champions toutes disciplines confondues. Je ne me limite pas au domaine du sport ou de l’art où nous pensons prévaloir mais qui sont, à vrai dire et sans amertume, des espaces délaissés au niveau stratégique et géopolitique par les « autres » et où les enjeux de réelle souveraineté ne se situent pas. Observez tout simplement les introductions d’articles des pages de nouvelles de vos navigateurs Internet quand vous êtes de la Diaspora pour voir le poids médiatique de notre communauté. Inexistant. Ce qui est sans doute un signe indicateur de notre pouvoir socioéconomique. En ce qui concerne la localisation de ces pages sur le continent, elle permet de mieux toucher du doigt le viol par omniprésence de l’actualité exogène. Les nombreuses Web TV et Blogger n’étant apparemment pas digne de contribuer à la masse media reconnue.

J’aurai pu écrire « Maman professionnelle et Maman commerçante » vu qu’elles font les deux ou encore « La bricole informelle » vu que nous commençons nos succès d’affaires par de petites bricoles en mode d’essais erreurs qui nous forge. Le problème est que nous ne valorisons pas assez nos propres Modèles et, comme nul n’est prophète chez soi, je déploie, du mieux possible, mon effort pour faire connaître la Méthode Ka.

La Méthode Ka est un Modèle Socioéconomique des Sud reposant sur 4 fondements (Management, Économie, Commercialisation, Philosophie) et un Esprit dit de Correction fait d’Organisation et d’Ordre, et dont les Concepts ou Gonzomoves guident vers la Vie Modérée (Omar Al Muetedil) c’est-à-dire le partage et l’échange de Richesse et de Valeur à titre de Providence et d’Interdépendance (MAAT) et non leur Création continue et tout azimuth.

On reporte souvent sur la prochaine génération le défi de sauver l’Afrique de ses nombreux prédateurs. Or pour moi c’est un saut quantique à faire foyer par foyer et année par année. Le tout dans une dynamique continue avec un Guide Stratégique central adaptable par chacun tant qu’on concoure tous à la même indépendance financière individuelle d’abord, communautaire puis territoriale. C’est donc une question de Mode d’Organisation de Vie Entrepreneuriale (MOVE) plus que d’Intérêts sur Transactions (IT) à la base du Système de profit en Finance souvent Libérale.

Je te propose qu’on fasse une pause avant la suite de notre échange d’agrégation d’idées.

Merci pour ton temps et ces premiers mots.

Arnaud Segla est consultant en gestion de projets spécialisé en entrepreneuriat ethnique depuis 2009. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont, entre autres, le premier guide pratique du genre sur l’entrepreneuriat ethnique, Une entreprise ethnique en 40 heures, qui propose une méthode alternative au plan d’affaires, par le recours à une réflexion stratégique simple mais efficace sur son projet. Arnaud a également écrit des articles de sensibilisation et d’habilitation au métier d’entrepreneur pour un meilleur développement économique au sein des communautés Noires. Il a développé des programmes et services personnalisés destinés spécifiquement aux nouveaux arrivants et résidents de diverses cultures, désirant se lancer rapidement en affaires et du bon pied, et surtout durer. Arnaud propose des formations très pratiques visant à permettre aux participants de concrétiser leurs projets dans un court délai. Il est également coach professionnel et accompagne les futurs et actuels entrepreneurs ethniques. Plus d’information sur www.arnaudsegla.com