Pokémon Go : le dresseur dressé ?

 

Pokémon Go est sans aucun doute une révolution dans le concept du jeu vidéo. Associant intelligemment virtuel et réalité, il a déjà été téléchargé près de 75 millions fois à travers le monde. De nombreux aspects positifs lui ont été trouvés. Par exemple, il incite les joueurs à se balader, cassant le cliché de l’adolescent affalé sur son canapé ou devant son ordinateur. Il est aussi un facteur social : en plus d’être au cœur de toutes les conversations, de nombreuses rencontres sont organisées à travers le monde entre dresseurs, créant ainsi de nouveaux liens. Enfin, il permet de sensibiliser le public à la réalité du gaming : en étant omniprésent dans nos vies depuis maintenant quelques semaines, Pokémon Go force la société à prendre conscience du poids du jeu vidéo et de la vie virtuelle en 2016.

             Nous serions presque tentés de croire que Pokémon Go a réussi à créer son propre monde à lui tout seul, incitant à la paix, au sport et à la sociabilité. Un beau petit univers qui contraste légèrement avec la réalité mondiale actuelle ceci-dit. Mais bon, en nous imposant le titre de « dresseur », Pokémon Go nous a donné une impression de contrôle sur ce monde. Cependant, avez-vous la certitude de l’avoir ? Allons chercher un peu plus loin que tout cela voulez-vous. À moins que vous préfériez vous réconforter dans le déni.

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Données personnelles

Quand votre contrôle sur une application est remis en question, une première hypothèse vous vient à l’esprit : celle de la sécurité des données. Pas de surprise de ce côté-là : comme nous  nous y attendions, nous nous faisons voler nos informations. Bien que l’habitude s’installe avec des sites tels que Facebook, Twitter ou Snapchat, il est tout de même dommage de s’habituer à une perte de la vie privée. Si vous avez téléchargé l’application avant la récente mise à jour du 30 juillet (et que vous n’avez pas créé de profil spécifique), sachez que vous avez donné à Niantic l’accès intégral à vos adresses email, fichiers, photos et historiques de recherche. À quoi cela pourrait-il leur servir personnellement ? Pas à grand-chose. Ils ont d’ailleurs dans la nouvelle mise à jour restreint l’accès de l’application à l’adresse email. La réelle question est : à quoi cela a-t-il pu servir aux autres ? Sachez que vous n’êtes à l’abri des cybercriminels qui profitent de la saturation des serveurs. Bref, comme il était possible de s’y attendre, vous n’êtes certainement pas maitre du contrôle de vos informations personnelles. 1-0 pour Pokémon Go.

Ce n’est pourtant pas considéré comme le plus important. Il est clair que nous sommes aujourd’hui habitués à partager notre vie privée avec les gouvernements ou agences de renseignements. Alors pour un contrôle –à notre échelle- de la situation, il faut échapper à différents types de contrôle.

 

Premièrement : échapper au contrôle des autorités via l’application.

PicMonkey Collage

Qui vous a fait croire que seul les êtres lambda utilisent Pokémon Go et uniquement pour attraper des Pokémons ? Voyons, il y a d’autres choses bien plus intéressantes à attraper. Vous, par exemple. Savez-vous que les équipes de campagne d’Hillary Clinton et Donald Trump utilisent le jeu afin de séduire les électeurs ? « Je ne sais pas qui a créé Pokémon GO, mais j’essaye de voir comment on peut (l’utiliser pour amener les joueurs de) Pokémon dans les bureaux de vote » avait déclaré la candidate démocrate il y a quelques semaines. Elle envoie ses équipes arpenter les rues à la recherche de jeunes pour les aider à s’inscrire sur les listes électorales. Du côté du scandaleux Donald Trump, la Trump Tower de New York est une destination populaire pour les dresseurs. Son équipe de campagne a d’ailleurs utilisé les Pokémons pour parodier Clinton dans une vidéo intitulée : « Crooked Hillary No » (Non à Hillary la crapule). Vous êtes maintenant au courant : éloignez-vous de la manipulation politique, bien qu’attendrissante par sa naïveté.

Seulement, l’autorité politique n’est pas l’unique type d’autorité à craindre. La police utilise aussi Pokémon Go pour arrêter des criminels. Cela a été le cas en Virginie (États-Unis), ou un Métamorph  aurait été aperçu dans les locaux. Seule une poignée de petits chanceux ont eu l’opportunité de venir l’attraper. Quelle était d’après vous la probabilité que ces veinards soient des criminels recherchés ? Probabilité de 1. Bien que le commissaire soit incertain de l’efficacité de la ruse, l’application a permis d’arrêter un homme recherché à Détroit car il s’est approché trop prêt du commissariat pour trouver ses précieux Pokémon. Alors, qui se fait attraper dans l’histoire ?

Bien que ces situations paraissent lointaines car  nous ne sommes pas des criminels recherchés (mais peut-être vous ?) ni des étatsuniens (toujours pas nous), j’espère que la situation réveille quelques doutes chez vous. Êtes-vous réellement les dresseurs dominants de ce jeu ? Et si vous pensez l’être vraiment, n’oubliez-vous pas l’autre monde, à savoir le nôtre ?

 

Secondement : échapper au contrôle de la réalité

Le monde de Pokémon Go est un univers confortable et satisfaisant dans lequel nous avons envie de nous installer définitivement. Cependant, peu d’entre nous s’appellent réellement Sacha ou Ondine et peuvent se vanter d’aller au bureau sur le dos d’un Dracofeu. Si, comme nous, vous n’appartenez pas à cette catégorie, n’oubliez pas qu’une autre réalité, malheureusement un peu plus grise et embrumée, existe aussi.

Bien qu’au début de cet article j’ai vanté l’aspect sociabilisant de Pokémon Go, l’inverse est aussi vrai. Alors certes, l’application peut arriver à nous rapprocher à zone géographique proche, mais arrive aussi à nous séparer à zone géographique plus éloignée.

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Aujourd’hui, des enfants syriens utilisent Pokémon Go pour appeler à l’aide. L’image est tout de même désolante. Dans quel monde sommes-nous pour que ces enfants pensent (à juste titre vu que nous en parlons) que leur faire tenir des Pokémons en papier les aideront à attirer l’attention qu’ils ont perdue depuis bien longtemps ? En clair, la question est : est-ce que notre réalité accorde plus d’importance à des créatures imaginaires qu’à des personnes réelles en souffrance ? Ne créons-nous pas plus de polémiques autour d’une mise à jour d’une application plutôt qu’autour de bombardements ? En clair, il ne faut se rendre compte de l’ampleur du jeu et se questionner sur la justification de cette popularité.

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Ceci n’est pas une condamnation du jeu, loin de là. C’est une simple piste de réflexion, qui occasionnera je l’espère, une prise de conscience. Le but n’est pas d’arrêter d’y jouer mais d’y jouer en ayant conscience de l’univers qui entoure cette application afin de plus et mieux en profiter.

Alors, qui est réellement le dresseur ? Faites attention à ne pas devenir des Pokémons.

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Cet article a été rédigé par Salomé Grouard, étudiante à McGill University, passionnée du monde et de l’humain. Cherche à propager la culture et la bonne humeur par l’écriture et la photo.

 

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