Serge Letchimy clashe Claude Guéant à l’Assemblée Nationale

Serge Letchimy, l’héritier de Césaire donne la réplique à Claude Guéant

Lors des questions au gouvernement, Serge Letchimy, député apparenté socialiste de Martinique interpelle vivement le ministre de l’Intérieur sur ses propos sur la “valeur des civilisations”. Il a évoqué la colonisation, l’esclavage et les camps de concentration. Excédé, le gouvernement decide de quitter l’hémicycle. Le fait que les députés quittent l’assemblé rarissime, la dernière fois qu’un tel événement s’est produit au palais Bourbon c’était lors de l’affaire Dreyfus.


La polémique sur les propos de Claude Guéant… par LCP

Claude Guéant exige immédiatement des excuses de la gauche. Selon le Ministre de l’Interieur, d’une part, “Les limites de l’inadmissible ont été dépassées” et d’autre part “Rien ne peut justifier qu’à des propos qui ne visent qu’à rappeler les valeurs principales de la République, on oppose une instrumentalisation de la Shoah”.


Claude Guéant réagit aux propos de Serge Letchimy par LCPPeu après, Christiane Taubira, député PRG de la Guyane réagit au propos de Serge Letchimy et à la réaction du Gouvernement et de sa majorité. “Mr Guéant joue avec le feu depuis longtemps” estime l’ex candidate à la présidentielle.


Christiane Taubira défend le député Serge… par LCP

Sur Twitter les messages affluent, avec par exemple celui de Eric Besson :

Audrey Pulvar qui affirme,en créole, qu’il ne faut pas faiblir dans l’adversité :

ou même Nagui qui appuie les propos de Edwy Plenel :

Alors que le premier ministre demande lui aussi des excuses, Serge Letchimy s’explique au micro de la chaîne parlementaire. ” Nous avons aujourd’hui des dérives extrêmement graves” affirme le député.


Serge Letchimy s’explique. par LCP

Nous avons obtenu le transcript de son texte :

« Nous savions que pour M. Guéant la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante et qu’il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique. Ca n’est pas un dérapage, c’est une constante parfaitement volontaire. En clair, c’est un état d’esprit et c’est presque une croisade. M. Guéant vous déclarez du fond de votre abîme, sans remord ni regret, que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées voire supérieures. »

« Non M. Guéant, ce n’est pas « du bon sens », c’est simplement une injure qui est faite à l’Homme. C’est une négation de la richesse des aventures humaines. C’est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations. Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat. Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science du progrès ou de l’intelligence. Montaigne disait « chaque homme porte la forme entière d’une humaine condition ». J’y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l’ombre. »

« Vous nous ramenez, jour après jour, à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. Le régime nazi, si soucieux de purification, était-ce une civilisation ? La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice ? »

« Il existe, M. le premier ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque, que vous tentez de récupérer sur les terres du FN [À ce moment-là, François Fillon se lève et part, suivi du gouvernement]. C’est un jeu dangereux et démagogique qui est inacceptable. Il existe une autre [France], celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire ou d’autres encore. Une France qui nous invite à la reconnaissance, que chaque homme… » [M. Letchimy est alors coupé par le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer].

Peu après l’incident, le premier ministre a demandé dans un communiqué aux responsables de l’opposition de condamner « une provocation indécente ».

Edit de la rédaction : Le parcours de Serge Letchimy 

  • en 2001, Serge Letchimy est élu maire de Fort-de-France, succédant à Aimé Césaire, qui occupait le fauteuil depuis 1945 ;
  • en 2005, il devient président du Parti progressiste martiniquais, fondé par Aimé Césaire ;
  • en 2007, il est élu député, apparenté socialiste ;
  • en 2010, sa liste l’emporte aux régionales, et il devient président du conseil régional.

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2 COMMENTS

  1. _____________
    L’UNIVERSALISME OCCIDENTAL« La couleur ne peut se comprendre qu’en relation avec le sujet qui la perçoit », écrit le physicien monsieur Pierre Demers, dans la préface de «Haïti, Que La Lumière Soit !». Il confirme clairement la pertinence de notre présent Essai. Nous avons, en effet, cru utile de nous pencher d’abord sur l’attitude civilisationnelle (politico-religieuse) de l’Occident face aux Noirs, avant de déceler les carences de la Science actuelle — à prédominance occidentale — dans sa perception de l’univers noir.
    L’attitude politique de l’Occident vis-à-vis des Noirs est, sans conteste, conditionnée depuis de nombreux siècles par la relation perverse dominant — dominé, maître — esclave, exploiteur — exploité. Et, afin de normaliser sa politique d’asservissement économique des Noirs, nous constatons que la civilisation judéo-chrétienne est allée même jusqu’à utiliser le christianisme pour légitimer ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui des « crimes contre l’humanité », tel le système «d’esclavagisme raciste» propre à l’Occident. État de choses qui fut, il est vrai, facilité par le fait que cette religion monothéiste, originellement universaliste, avait très tôt limité ses vastes horizons universels aux seuls contours de l’Occident, tandis que les autres peuples, qu’elle croit avoir attirés vers elle, semblent être là malgré eux. D’aucuns pourraient se demander si un tel abandon par l’Occident de l’universalisme du christianisme n’explique-t-il pas déjà cette incapacité de la civilisation judéo-chrétienne à se doter d’une attitude universaliste, non seulement au niveau politique, mais aussi dans le domaine de la Science.
    En effet, la Science actuelle, dominée depuis quelques siècles par l’Occident, peut difficilement prétendre à l’universalisme, profondément entachée qu’elle est par le « sujet occidental » qui la perçoit ; lequel sujet a, nous le savons, perdu toute dimension authentiquement universaliste. N’a-t-il pas, en usant et abusant de la Bible, tenté de prouver la supériorité du Blanc occidental sur le Noir et sur les autres « peuples de couleur », limitant là aussi les vastes horizons universalistes de la Science aux seuls contours de l’Occident ? De fait, tout semble indiquer que la Science n’est plus universelle ; elle est « occidentale », avec toutes les conséquences que cela implique pour l’humanité et plus spécialement pour le Monde noir.
    En d’autres termes, « l’optique occidentale », « l’approche occidentale » est loin d’être scientifique, neutre, objective ; elle est subjective et déformante. Subjectivité et déformation qui se manifestent avec encore plus d’évidence, comme nous l’avons constaté, dans le domaine des couleurs et plus particulièrement lorsqu’il s’agit du concept « noir ». Il faut dès lors faire appel aux sciences sociales (histoire, psychologie, psychanalyse, sociologie, sciences politiques, etc…) pour comprendre ce handicap occidental. En effet, dès qu’il s’agit de Noir, la raison occidentale vacille pour laisser place à l’irrationnel et à son cortège de phantasmes.
    Notre préfacier physicien, disant avoir effectué un « virage vers la couleur » en 1974, affirme avoir été « de plus en plus séduit par le caractère multidisciplinaire et profondément humain de ce domaine », le domaine de la couleur. Il souligne que « la connaissance rationnelle de la couleur ne peut s’approfondir qu’en faisant intervenir toutes les sciences : chimie, biologie, physiologie, mathématiques ». Or, insiste-t-il, « encore une fois l’être humain intervient, il est à la fois le créateur et le porteur obligé de toute science : il est doublement vrai qu’il n’y a pas de connaissance rationnelle de la couleur en dehors de l’humanité ». Il reconnaît ainsi avec nous, quoique de manière indirecte, que l’actuelle connaissance de la couleur laisse beaucoup à désirer. N’est-elle pas conditionnée par la civilisation dominante contemporaine, depuis longtemps polluée par les préjugés à l’égard des « peuples de couleur », et de couleur noire, bien sûr ?
    Un tel grave handicap occidental compromet, évidemment, la bonne marche de la Science universelle comme de l’humanité entière, toutes deux victimes d’une vision raciste et donc anti-scientifique, égoïste et limitée du monde. Le cas d’Haïti, pour ne prendre que cet exemple que nous connaissons bien, est symptomatique de l’attitude non-universaliste de ceux qui dominent aujourd’hui le monde, les Occidentaux. Car s’il est encore possible d’apporter assez rapidement, au niveau scientifique, des correctifs à la vision erronée de la « chose Noire », il est bien plus difficile, sur le plan social, d’améliorer du jour au lendemain les comportements humains, les mentalités n’évoluant qu’avec lenteur. En attendant, nous ne pouvons que le constater : l’Occident continue toujours à traîner derrière lui son boulet de préjugés anti-noirs et ce, aussi bien au détriment du Monde occidental que du Monde noir.
    Haïti continuera-t-elle, à l’aube du XXIe siècle, deux cents ans après la Déclaration des Droits de l’Homme, à vivre comme au XVIIIe siècle ces relations maîtres-esclaves dont l’apparence seulement à changé, puisque 80% du peuple vit dans des conditions abjectes, privé du simple droit à l’éducation, sans parler des libertés les plus élémentaires ?
    Profonds et graves propos que ces interpellations !
    Dans ses relations avec les « peuples de couleur », l’Occident n’a-t-il pas toujours soutenu des dirigeants qui, tout en lui étant de véritables esclaves dociles, s’affirment comme des tyrans de leurs propres peuples ? C’était en Haïti le cas d’abord du régime dictatorial des Duvalier, puis celui des putschistes militaires du 30 septembre 1991. Or, de toute évidence Haïti ne correspond plus du tout à cet archétype où il serait question de « maître-esclave, esclave-tyran ». Ce qui explique bien sûr l’attitude objective de l’Occident face au retour à la légitimité constitutionnelle en Haïti.,
    Il ne fait pas de doute que l’attitude occidentale à l’égard d’Haïti est actuellement caractérisée par la nature profondément bienveillante qui anime les dirigeants occidentaux. En effet, après avoir d’une part soutenu du bout des lèvres des leaders haïtiens légitimes tout en consolidant d’autre part le pouvoir militaire illégitime de jadis en Haïti, voilà que ce même Occident, face à une dévastation d’origine tellurique massive de la population haïtienne et d’Haïti, s’intéresse sérieusement au retour au pouvoir d’un pouvoir bien légitime. En réalité, le geste humanitaire du Président américain Barack Obama, largement secondé par des prédécesseurs dont le Président Clinton — comme du Congrès — loin d’avoir été dicté par des comportements émotionnels, semble plutôt avoir été provoqué par des principes universalistes loin des phantasmes politico-culturels face aux Noirs. Ce n’est plus le temps où les réfugiés haïtiens de la mer dits « boat people » de plus en plus nombreux mettant pied sur les côtes américaines étaient perçus telle une véritable « marée noire ». qui vient « polluer » la blancheur américaine . Visiblement, les considérations humanitaires évoquées à ce sujet ne relèvent que d’une saine et bien humaine politique.
    Du coup le charisme et la crédibilité des leaders américains Bill et Hillary Clinton sont perçus comme une planche de salut contre cette « misère noire » que l’Amérique, l’Orient comme l’ensemble de l’Occident préfèrent prévenir, secourir sur place ou à distance pour un mieux-être en Haïti. N’est-ce pas là un prélude à des comportements rationnels touchant les politiques occidentales face au mouvement migratoire mondial et aux rencontres inévitables des « peuples de couleur » avec les sociétés de civilisation judéo-chrétienne ?
    Quoi qu’il en soit, à l’instar du domaine de la Science dont l’universalisme est actuellement encore très contestable, la réalité de la politique mondiale de l’Occident s’éloigne de moins en moins de l’universalisme pour tomber dans un quasi particularisme, œuvrant uniquement pour la promotion et la suprématie du Monde blanc. À cet égard, n’est-il pas très juste de citer le philosophe universaliste Anaxagore qui affirme : « le visible ouvre nos regards sur l’invisible » ? Au carrefour du troisième millénaire la Science, à l’instar de la Couleur, peut se comprendre en féconde et mutuelle relation avec le sujet qui la perçoit.
    Lucien Bonnet http://contact-canadahaiti.ca

    • Merci à toi Lucien Bonnet pour le commentaire le plus élaboré jamais posté sur notre blog !

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