Afro Inspiration : Christophe Bocquin président et co-fondateur de Wasquehal-lien

DiasPortrait : Christophe Bocquin président et co-fondateur de Wasquehal-lien

Un système d’échange local (ou SEL) est un système d’échange de produits ou de services construit à côté du système monétaire classique. Classé généralement dans l’économie sociale et solidaire, il s’appuie dans une large mesure sur les mêmes bases que l’économie de marché.

Le but est d’utiliser le temps comme monnaie d’échange. Né dans les années 80 les banques de temps se distinguent du troc, car elles permettent l’échange triangulaire. On retrouve des banques de temps dans plusieurs pays maintenant. Au Québec plusieurs systèmes d’échanges existent. Par exemple l’Accorderie qui compte plus de 600 membres dans différentes villes, dont Montréal.

Comment ça fonctionne ? Chaque membre offre ses services et ses compétences dans un domaine pour aider quelqu’un d’autre. Chaque minute de service coûte un grain de SEL et ce peu importe le service. Par exemple, j’offre mes services de couturière pour réparer des vêtements, en retour de cette heure de service j’obtiens une heure que je pourrai utiliser pour faire enlever les mauvaises herbes de mon jardin, ou faire réparer un tuyau que coule. Tout est au même pied d’égalité. Le principe est qu’une heure de service rendu vaut une heure de service reçu. Le tout est comptabilisé et on utilise au besoin.

Le 24 mars dernier dans la commune de Wasquehal avait lieu le lancement de la toute nouvelle association, Wasquehal-lien. Wasquehal-Lien est un SEL (système d’échanges local) qui fait partie du réseau Sel’idaire. L’association vise à renforcer la cohésion sociale en développant les solidarités entre des personnes d’âge, de classe sociale, de nationalité et de sexe différents. Leur but est d’organiser un réseau d’entraide et de solidarité au niveau local ou tout le monde en sort gagnant.

Nous sommes allés à la rencontre de Christophe Bocquin le président et co-fondateur de l’association Wasquehal-Lien, voici ce qu’il avait à nous dire :

Comment t’est venue l’idée de WL ?
J’ai connu le concept du SEL (service d’échanges local) à Montréal lors de mon travail de terrain pour mon mémoire de maitrise. Je travaillais sur le développement urbain et social des quartiers Saint-Michel et Montréal-Nord, et j’ai donc fait la connaissance de l’Accorderie. J’ai donc découvert ce système d’échange de services et de compétences. Dans ce quartier très modeste et hétéroclite, l’Accorderie est une superbe initiative qui permet une véritable amélioration du niveau de vie en permettant de profiter de nombreux services gratuitement. C’est également une initiative qui permet de créer du lien entre les habitants du quartier venant de tous horizons.

J’avais vraiment beaucoup apprécié la capacité de cette initiative à créer du lien social. De retour en France après mes études, j’ai emmené l’idée dans mes bagages. Et la ville de Wasquehal s’y prêtait bien, avec 20 000 habitants, cela reste un grand village urbain. L’important était de trouver une échelle à taille humaine pour pouvoir créer du lien, et je pensais que c’était le cas à Wasquehal.

Pensiez-vous que le lien social s’effritait dans la ville de Wasquehal ?
Wasquehal est une ville, située à proximité directe de Lille. Comme toute banlieue de grande métropole, à Wasquehal, on a de moins en moins de raisons de connaitre son voisin. L’évolution de la société entraine une poussée de l’individualisme, avec de moins en moins de place pour la vie « communautaire ». On bosse, on fait ses courses dans de grands centres commerciaux, etc.

Bien évidemment, les gens continuent à avoir des activités sportives et culturelles, c’est d’ailleurs une des grandes forces de Wasquehal, qui contient un nombre important d’associations sportives, culturelles ou sociales. Mais on a peu de raisons de connaître nos voisins en dehors de nos activités respectives, en dehors de nos cercles de connaissance.

Wasquehal-lien avait pour but de faire le lien entre ces personnes, de permettre aux gens de partager leurs passions et leurs savoir-faire. Et ainsi de permettre de recréer des raisons de se rencontrer. « L’échange est un prétexte, le but est de mieux vivre-ensemble ! »

Cette manière d’échanger du temps pour le temps correspond bien à la mentalité africaine. En tant que Réunionnais, qu’en penses-tu ?
Mon père est d’origine réunionnaise, et même si je n’y ai jamais vécu, c’est vrai qu’à la réunion la solidarité organique est très présente. Les familles élargies partagent du temps et se donnent des coups de main naturellement. En Afrique en général, on a une forme de solidarité et de cohésion beaucoup plus forte.

Tout le monde se connait dans le village ou dans un quartier. En Occident, les phases de développement et la forte urbanisation de nos sociétés ont engendré un déchirement du tissu social. La réflexion du géographe du début du 20ème siècle Elisée Reclus ” qu’est ce que notre société perd avec le développement ? » est plus que jamais d’actualité !

Quel est le profil du comité organisateur ?
Wasquehal-lien compte 10 membres fondateurs. Nous sommes 6 à avoir entre 20 et 30 ans, et les 4 autres ont la soixantaine. C’était important pour nous de refléter l’image de notre association, l’intergénérationnel et la diversité.

On a tous des métiers et des passions différents, mais on était super motivé pour monter ce projet en commun dans une ville comme Wasquehal. Il existe pas mal de SEL en France et même dans le nord, mais on pensait vraiment que la ville de Wasquehal et ses environs s’y prêtait bien.

Quelles sont les plus grandes difficultés rencontrées dans la constitution de l’asso?
On a volontairement pris le temps de bien construire notre projet avant de nous lancer, ça nous a pris 6 mois environ.On a pris le temps de se faire connaître, en allant rencontrer les associations existantes, en participant à divers événements, en faisant des articles dans la presse locale.

Il nous a fallu faire comprendre que l’on ne concurrençait pas les autres associations, ainsi que les commerces et artisans locaux. Wasquehal-lien n’a pas vocation à remplacer les professionnels et à rendre des services de façon permanente. Nous avons été à la rencontre des commerces Wasquehaliens pour leur expliquer leur démarche et désamorcer d’éventuels conflits.

Enfin, même si l’atout principal de Wasquehal-lien est de fonctionner sans argent, nous avions besoin d’un peu de fonds pour réaliser un site internet complet avec une partie compte en ligne pour les adhérents, acheter un peu de matériel, etc. Il est difficile de réussir à trouver des subventions pour une association qui vient de se créer. Nous arriverons malgré tout, notamment grâce à l’entraide, à nous doter des outils dont nous avons besoin!

Avez-vous bénéficié du soutien de la Ville ?
Si la commune n’est en rien à l’initiative de ce projet, nous sommes allés rapidement présenter le projet de l’association aux élus Wasquehaliens et notamment à Mr le Maire. Ils ont reçu notre projet avec enthousiasme. Nous ne bénéficions d’aucune subvention de la commune, mais la ville met à la disposition de l’association un local afin de pouvoir y tenir nos activités et réunions.

Comment s’est passée la soirée inaugurale de lancement ?
Nous avons lancé nos activités lors d’une conférence d’inauguration le samedi 24 mars 2012. Nous espérions avoir au moins une vingtaine de personnes pour présenter notre concept et commencer à prendre les adhésions. Au final, il n’y avait pas assez de chaises dans la salle, 60-70 personnes étaient présentes pour notre inauguration. Ce fut un réel plaisir de voir que ce projet sur lequel nous travaillions depuis 6 mois plaisait déjà aux Wasquehaliens !

Et en chiffres ?
En chiffres, Wasquehal-lien c’est déjà 50 membres, c’est plus un catalogue de plus de 100 services divers proposés aux adhérents, c’est 4 activités collectives planifiées sur le mois de mai, et une vingtaine d’adhésions à venir. On s’était fixé comme objectif d’avoir un seuil de 50 membres pour Decembre 2012, on va devoir revoir nos objectifs à la hausse.

Wasquehal-lien

Les échanges ont déjà démarré. Quelle proposition de service t’a le plus surpris ?
Ce qui m’a surpris et vraiment fait plaisir, c’est l’âge de notre doyenne ! 92 ans ! Et elle pète la forme ! Nous avons la chance d’avoir déjà des gens d’âges et de milieux différents parmi nos adhérents, c’est une vraie richesse !

Une petite anecdote : nous avons un adhérent qui a 85 ans et qui propose de donner des cours… d’informatique! C’est un passionné d’informatique et d’internet. Il se propose donc d’initier ceux qui n’y sont pas habitués, notamment des personnes âgées. « Vous les jeunes, vous allez toujours vite ! Moi je pourrai leur expliquer tranquillement ! » Il a bien raison!

Tu es originaire de la région parisienne, penses-tu que ce genre d’initiative est envisageable en banlieue ?
Je pense que ce genre d’initiative prendrait tout son sens en banlieue, dans des quartiers enclins à la diversité et en proie à des problèmes de pauvreté importants. Je crois d’ailleurs qu’il commence à se monter quelques SEL en banlieue parisienne.

Comme c’était le cas pour l’Accorderie à Montréal-Nord, un SEL en banlieue permet une expression des talents divers qu’on peut trouver en banlieue. C’est aussi un moyen de partager les différentes origines culturelles, notamment pour les personnes issues de l’immigration, et continuer à construire l’identité collective !

OK si un jeune parisien nous demande ton contact on lui donne (rires)?
Avec plaisir, ce serait génial de pouvoir épauler une initiative en banlieue ! À quand un Montfermeil-lien ?

Tu as l’esprit entrepreneurial, quel message as-tu pour les lecteurs d’AfrokanLife ?
« Demain est moins à découvrir qu’à inventer » disait Gaston Berger. La seule chose que je pourrais dire aux lecteurs d’Afrokanlife est qu’il ne faut pas avoir peur de se lancer et de monter son propre projet, même jeune (j’ai 26 ans). On apprend énormément en développant son projet, et on y prend beaucoup de plaisir. Un grand merci à l’équipe d’ AfrokanLife pour cet article sur Wasquehal-lien

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