Italie-Brésil 3 à 2 : Drame sur le rectangle vert

Le football est une pièce de théâtre qui se joue en plusieurs actes. Un comédien seul sur scène, qui s’égosille, se déchaîne, s’invective, se roule par terre, se met à genoux, bondit comme un diable sur ressorts, déchante, et saute de joie. C’est un peu ça les grands matchs de football, des épiphénomènes qui se propagent en une onde sismique générant des drames régionaux, nationaux, et parfois mondiaux. Adapter aux planches un tel phénomène de société n’était que suite logique.

Brésil

Il est question ici du quart de finale de la coupe du monde 1982 Italie/Brésil vécu par l’auteur sicilien Davide Enia, à travers ses yeux de petit garçon de huit ans au sein du giron familial. Dans le périlleux rôle du jeune tifoso, Solal Bouloudnine accomplit la belle performance de narrer en tant que témoin privilégié le remue-ménage qui prit forme autour du match, et d’incarner chacun des protagonistes réunis devant le poste de TÉLÉVISION. Ceux-là mêmes, les vrais héros de cette tragédie grecque, se métamorphosant et se décomposant au gré des phases de jeu et des occasions de but, et communiant dans cette messe footballistique.  

Dans la peau du supporter lambda, le narrateur nous fait partager avec fougue les humeurs de sa tribu : du vain espoir aux sursauts chauvins, en passant par la mauvaise foi de base et les propensions à crier au complot (« A mort l’arbitre ! »). Une petite plongée dans un chaudron bouillant sublimé par le point de vue émerveillé d’un grand enfant. Le tout soutenu par une ambiance sonore relativement discrète, mais ô combien indispensable lors des montées de tension. 

ITALIE - Brésil 3 A 2
(c) J. Cousinet

Et pourtant, ce ne sera pas l’issue du match qui ne restera dans les mémoires du spectateur, ni même le football comme art majeur. Non, ce qui perdurera dans les esprits, ce sont tous les électrons excités qui gravitent autour de la planète football, et en illustrent la beauté : ces rituels saugrenus de passionnés, et cette liesse populaire comme photographie d’une époque nostalgique où l’Italie a cru un bref instant que le… s’était réveillé. On appréciera au passage, cet hommage tellurique au fabuleux Garrincha, grand bâtisseur national et immortel messager de l’espoir. Mais surtout l’histoire incroyable de ce Dynamo de Kiev de légende, annihilée par la barbarie nazie, que le comédien-conteur magnifie dans un récit anxiogène à souhait. Le temps s’est arrêté pour laisser cette équipe jouer. Le foot comme acte de résistance. Étincelant !

Dans un décor minimaliste, Solal Bouloudnine nous livre une petite prouesse d’acteur, épaulé par un texte de qualité et des effets sonores, il nous rappelle qu’en sport, l’important ce n’est pas de jouer, c’est de vibrer. À réserver en priorité à ceux que le foot répugne. 

Crédit photo : (c) J. Cousinet


Italie-Brésil 3 à 2

Une pièce de Davide Enia

Avec Solal Bouloudnine  et Jean-Marc Montera (Guitare + effets sonores)

Diffusion sur France Ô le 15 juin à 23 h 45 

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