Le pouvoir de nos mains Par Arnaud Segla

Les flux migratoires pour raisons économiques qui ont amené à l’identification puis à l’étude de l’entrepreneuriat ethnique dans les années 70, ont renforcé la présence des diasporas dans les Cités des pays industrialisés. Cette saignée pour les terres mère est pointée du doigt comme un élément de plus concourant à la faible capacité de leur affirmation sur l’échiquier international. J’orienterai à présent mon propos sur le continent africain en sachant que ce qui est décrit est valable pour d’autres régions.

J’ai parlé un peu plus haut « d’affirmation sur l’échiquier international » et non de « lutte contre le sous-développement » car il semble à présent clair à l’esprit de plusieurs acteurs économiques et intellectuels, tel le professeur Obenga du Congo, qu’il est plus judicieux de bâtir autour d’un projet de construction que sur un affranchissement d’une tare qui semble profondément ancrée dans les habitudes et dont l’entretien profiterait à certains de façon tacite. La motivation dans l’effort à fournir n’est pas la même. Doit-t-on passer son temps à pleurer un pied amputé ou apprendre à vivre avec une béquille?

Il a déjà été question ici de parler de la gouvernance des pays du continent qui a poussé plusieurs d’entre nous à choisir l’exil en attendant qu’un semblant de droit ou conditions économiques existent pour garantir un retour en bonne et due forme. A cette gouvernance j’ai appelé à un effort dans l’attitude de chacun car on ne peut changer l’état d’un peuple que si chaque individu qui le compose consent à changer lui-même à son niveau. Les données sur l’Afrique ont toujours été contradictoires tant les disparités sociales sont grandes. Autant les grandes puissances multiplient les plans stratégiques pour lier des partenariats avec le continent autant la satisfaction des besoins de base par les couches populaires se dégrade. La lutte contre la pauvreté reste un chapitre idéologique dans les agendas de la plupart des gouvernements qui s’en servent pour faire bonne figure et avoir accès à du financement d’infrastructures fantômes qui se liquéfient ou s’évaporent dans des comptes en banques où la loi d’une thermodynamique financière demeure rarement réversible.

Que pouvons-nous alors faire en tant que membre des diasporas dans ces Cités ? Bon nombre d’entre nous sommes privés du pouvoir de vote tant que nous sommes hors de nos terres. La politique est une voie de résolution possible de ces iniquités mais je pense fermement que le véritable pouvoir vient de l’économie et du poids que représente le revenu des membres des diasporas par rapport au Produit Intérieur ou National Brut des états. Inutile de s’aventurer à déclarer systématiquement nos activités dans les terres mère pour alimenter une fiscalité locale. La solution serait plus d’œuvrer par des moyens alternatifs comme l’investissement direct ou indirect dans l’Inc domestique ou encore le jumelage avec des entrepreneurs du continent. La portée de cette initiative ne serait être la même selon l’origine et la taille même de nos patrimoines ainsi que selon la nature de notre parcours d’immigrants. Comme dit la chanson « les moutons se baladent ensemble mais ils n’ont pas le même prix ». Certains membres de la diaspora ne sont que l’extension d’une élite locale aisée et n’ont aucun mal à envisager de fructifier leur patrimoine par des placements garantis par la présence de membre influent resté sur place. Sans fermer la porte à ceux-ci car « la diversité est l’unité », j’aimerai m’adresser plus particulièrement à ceux dont l’installation dans les Cités est une victoire pour toute une famille voire une communauté. Le recours aux virements internationaux est plus qu’une nécessité pour soutenir un parent pour un deuil, la rentrée des classes, un achat lourd etc. C’est à vous que revient principalement le pouvoir des mains pour réaliser le saut quantique dans les revenus c’est-à-dire un relèvement des minimas sociaux par les couches populaires elles-mêmes.

Être entrepreneur ne veut pas dire seulement travailler dans les BTP ou encore être un homme d’affaires. Être entrepreneur c’est aussi être acteur dans l’espace mondial (en référence à la notion développée par Bertrand Badie de Science Po. Paris). A ce titre les membres des diasporas des Cités des pays industrialisés ont le pouvoir d’agir et d’interagir dans l’économie de leur pays respectifs et du continent en créant des conditions favorables à l’établissement de patrimoines individuels ou collectifs transmissibles. « Si tu vois un homme qui a faim, donne-lui un poisson : tu le nourriras pour un jour. Mais apprends-lui à pêcher et il se nourrira toute sa vie » dit le proverbe chinois. A chacun l’opportunité de contribuer par un investissement financier, en intelligence ou logistique à l’affirmation d’un acteur économique domestique qui a son tour pourra embaucher ou à défaut améliorer les conditions de vie de sa famille. Et la chaine peut être longue. La diaspora peut devenir le meilleur partenaire de coopération économique du continent dans une dynamique qui est au confluent de la meilleure gouvernance des états. Cela prend non pas du temps mais le temps de chacun pour parrainer une échoppe, s’engager dans du micro financement, lever des fonds, envoyer du matériel ou lancer un blog sur l’économie, les libertés politiques ou la géopolitique, des connaissances techniques… Certains le font déjà mais vous? Que dire si tous nous le faisons systématiquement selon nos capacités comme un devoir citoyen ou un engagement social? Le pouvoir de nos mains, fruit de nos efforts, est immense.

C’est le pouvoir de changement que détient notre génération à un moment crucial où il est possible d’affirmer l’économie africaine sur l’échiquier international. Le pouvoir de nos mains c’est la solidarité pour son prochain prit dans le piège d’une aliénation insidieuse et injuste. Le pouvoir de nos mains c’est le pouvoir d’Afrique en marche qui compte sur tous ces filles et fils pour son essor. Le pouvoir de nos mains c’est notre force!

« La peur de l’émancipation est plus douloureuse que les blessures de l’émancipation elles-mêmes. Elle maintient dans une obscurité factice qui aliène l’esprit bien que le corps soit sain et fort. On ne combat pas l’obscurité on suit la lumière. Cette lumière est la foi en une économie panafricaine puissante et affirmée »

Arnaud Segla


Cet article a été rédigé par Arnaud Segla du site Entrepreneurethnik
Bio de Arnaud : Arnaud Segla M. Sc., M. Sc. A., CAPM, consultant en gestion de projets et ingénierie d’affaires spécialisé dans l’entrepreneuriat ethnique partage avec nous ses conseils professionnelles. Il organise et anime des activités professionnelles et accompagne plusieurs entrepreneurs dans l’atteinte des objectifs de leur projet d’affaires.
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