Voyage au coeur de l'athlétisme éthiopien

Depuis cinquante ans, l’Éthiopie décroche médaille sur médaille dans les courses de fond aux Jeux olympiques. Aujourd’hui, découvrez pourquoi ce pays africain mérite tant son surnom de “Mecque du marathon”.

Le soleil est à peine levé sur Addis-Abeba et, déjà, une trentaine de coureurs foulent la piste irrégulière de Meskel Square, faite d’herbe, de terre et de cailloux. La place la plus fréquentée de la capitale éthiopienne accueille tous les matins des sportifs plus ou moins occasionnels, bien décidés à s’exercer sur ce terrain d’entraînement pas comme les autres. Ici, pas de piste circulaire mais une multitude de pistes en escalier, disposées en demi-cercle les unes au-dessus des autres, que l’on parcourt en zig-zag jusqu’à atteindre le sommet.

Voyage au coeur de l'athlétisme éthiopien

ALTITUDE ET MIMÉTISME

Depuis cinquante ans et la médaille d’or d’Abebe Bikila au marathon des JO de Rome après une course disputée pieds nus, l’athlétisme éthiopien est une redoutable machine à gagner dans les courses de fond, autant qu’elle est une usine à rêves pour la population. Ce pays, où 40 % des 90 millions d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, dispose d’un palmarès sportif à faire crever de jalousie n’importe quelle nation occidentale : 38 médailles olympiques, 10 records du monde en plein air encore invaincus, au moins 7 médailles remportées à chacun des trois derniers JO d’été… Toujours en course longue distance.

L’Ethiopie est l’un des dix Etats les plus pauvres de la planète, mais ses habitants courent plus vite et plus longtemps que tout le monde. Avec une trentaine de sommets qui culminent à plus de 4 000 mètres, ce pays de la Corne de l’Afrique a su tirer profit de ses hauts plateaux : habitués à courir près des nuages, les athlètes éthiopiens dopent leur production de globules rouges et deviennent encore plus endurants lorsqu’ils descendent dans les basses plaines.

Employé dans une agence de voyages, Kuku, 32 ans, vient y trottiner une demi-heure tous les matins avant d’aller au travail. “Chaque pays a sa tradition : au Brésil et en France, c’est le football ! Ici, c’est la course. Nous sommes fiers : grâce à ce sport, le monde entier connaît notre drapeau”, clame-t-il, souriant, tout en s’étirant. Anthenh, lui, traîne ses baskets un peu usées et son regard frondeur deux fois par jour à Meskel Square. A 20 ans, le jeune homme vit de petits boulots, souvent comme mécanicien, mais n’aspire qu’à une seule chose : devenir un grand champion d’athlétisme. “Mon père est mort et ma mère n’est plus avec moi. La vie est dure. Quand j’ai de la nourriture, je mange ; sinon, je fais sans. Mais je cours, tout le temps. Le secret pour réussir, c’est de s’entraîner très dur”, explique-t-il.

“UN COUREUR ÉTHIOPIEN N’ACCEPTERA JAMAIS D’ÊTRE BATTU”

Mais pour Yilma Berta, l’entraîneur général de la Fédération d’athlétisme, c’est surtout dans la tête que les coureurs éthiopiens sont plus forts que les autres.“Notre différence, c’est la motivation ! Nous sommes une nation pauvre et nos athlètes font énormément d’efforts pour gagner de l’argent et se sortir de leur condition. Cette motivation très forte fait qu’un coureur éthiopien n’acceptera jamais d’être battu. La victoire est gravée dans nos esprits !”

Depuis son bureau décoré d’affiches et de photographies aux couleurs des victoires olympiques, le coach au physique longiligne et aux cheveux blancs explique avoir étudié en Tchécoslovaquie avant de devenir, en 1982, responsable de l’équipe nationale de course de fond de son pays. Selon lui, le cercle vertueux reposant sur le mimétisme explique les excellents résultats des athlètes : “Gagner est devenu une tradition, chaque champion en attire un autre. Dans la foulée de Bikila, beaucoup d’Ethiopiens se sont mis au marathon et ont obtenu de très grands résultats. C’est ce qui explique aussi nos lacunes dans les autres domaines de l’athlétisme.”

La suite de l’article sur l’athlétisme éthiopien par Hélène Bekmezian et Imanol Corcostegui sur LEMONDE.FR 

 

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