Kemi Seba : Il est temps pour l’Afrique de durcir le ton

Kemi Seba : « Je ne suis que la voix de ceux qui veulent que l’Afrique durcisse le ton. »

AFROKANLIFE : Kemi, bonjour ! 1 an après le succès de Supra Negritude, tu ressors un autre livre, Black Nihilism. Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire aussi rapidement?

Kemi Seba : Pour tout vous dire, plusieurs facteurs m’ont poussé à produire un nouvel ouvrage deux ans après la rédaction du précédent (Supra Négritude était sorti en 2013, mais avait été rédigé dès décembre 2012).

La première raison est qu’il s’est passé énormément de choses dans mon combat, depuis mon retour en Afrique. Passer de l’activisme afrodiasporique au travail de propagation du panafricanisme sur le continent africain a été similaire à mes yeux, à un passage pour un footballeur, de matchs joués en ligue 1 belge (compétition pour équipes moyennes professionnelles de football) à ceux effectués en Ligue des champions. J’ai vécu en 2 ans ce que je n’avais pas connu en 12 ans d’activisme précédemment. J’ai passé un cap dans ce combat, ce dernier s’est internationalisé, mon audience s’est densément démultipliée. La vie va vite, et je me devais de conter ce qui s’était passé, faire des mises à jour face à certaines questions politiques fondamentales.

La deuxième raison est que Supra Négritude a été comme tu l’as énoncé à juste titre un franc succès au sein de la nouvelle génération afro descendante; la tournée a elle aussi été un carton. Il y a une forte demande de mes sympathisants de se sentir plus proche de ce que je vis, ce que je fais. Le livre est pour eux un moyen de rentrer dans mon existence, de matérialiser leur ralliement à cette lutte que je mène pour eux.

Les tournées sont un moyen extraordinaire (quand tu as de l’audience) de véhiculer des idées, pacifiquement, mais efficacement. Ça te permet de rencontrer ton public, les gens qui t’aiment, qui te suivent dans ce combat. J’ai été à une certaine étape de ma vie activiste en quête de violence et de sang. Je suis aujourd’hui en quête de sapience et de sens. Mes partisans le ressentent.

AFROKANLIFE : Justement, tu es passé du statut d’activiste noir controversé en Europe (qualifié d’ailleurs par Jeune Afrique d’enfant terrible de la cause noire), à chroniqueur de télévision dans une émission de grande écoute en Afrique, et conférencier dans les universités. Comment s’est opérée la transition?

KS : Il se trouve que certains Africains influents dans la société civile, aussi bien dans le milieu estudiantin universitaire en Afrique que dans l’intelligentsia africaine, suivaient et décryptaient (bien plus que les gens en Occident) la diabolisation dont je faisais l’objet. Ce qui était qualifié de démarche terroriste par les médias européens ÉTAIT considéré comme révolutionnaire par les penseurs africains. C’est quelque part grâce à ce microcosme que j’ai pu accéder aux mass medias et m’y faire une place.

Mon statut actuel correspond au regard que l’observateur critique africain porte en toute objectivité sur mon combat. L’Occident m’a condamné. L’Afrique m’a anobli.

AFROKANLIFE : Comment expliques tu que bien que rentré en Afrique, tu sois l’activiste dans le milieu panafricain qui draine le plus de monde dans la diaspora?

KS : Je pense que mon discours répond à une demande, aussi bien sur le continent que DANS la diaspora. Mon existence médiatico-politique est la réponse à ceux qui veulent que l’Afrique durcisse le ton, cesse d’agir en « YABON BANANIA » comme bon nombre de frères en Afrique ou en Occident malheureusement le font.

AFROKANLIFE : Quel est ton regard sur les autres personnalités de la communauté noire en France, telles que Lilian Thuram, Christiane Taubira, Rokhaya Diallo, François Durpaire, Rost, etc.?

KS : Leur combat se ressemble quasiment tous… Et surtout, n’est pas le mien, mais ça reste mes frères et sœurs, et je les aime réellement, je veux que ce soit clair. Je dirais même que c’est sans doute à cause de leur existence qu’autant de gens sont demandeurs de cette alternative que je propose. Beaucoup d’afro-descendants sont en rupture avec l’Occident et cherchent d’autres voix que celles officiellement admises cherchent d’autres chemins que ceux qui mènent à la compromission avec l’oligarchie d’Occident. En temps de crise, les plus diabolisés et plus boycottés des médias occidentaux sont les plus suivis dans la rue. Et les plus acceptés par le système sont les moins écoutés dehors. C’est l’époque qui veut ça, je ne vais pas m’en plaindre.

AFROKANLIFE : Et Dieudonné, que penses-tu de lui? Quels sont vos rapports aujourd’hui?

KS : Dieudonné est un frère ET un ami. Je commencerais d’ailleurs ma tournée dans son théâtre normalement. C’est d’ailleurs celui qui, toutes couleurs confondues (de peau ou même politique), réunit le plus de gens dans la rue. Des gens de toutes origines. Le fait qu’il soit un Homme de scène qui agisse par le biais de l’humour l’aide à toucher une audience inimaginable. Il est la synthèse de toutes les luttes, de toutes les frustrations. Après, j’ai des désaccords de fond avec lui, et ce n’est un secret pour personne.

AFROKANLIFE : Quelles sont vos lignes de désaccords?

KS : Dieudo est pour une société métissée. Je suis pour la préservation des identités. Il n’est pas quelqu’un de communautaire, moi si. On veut tous un monde meilleur, mais on n’emprunte pas le même chemin pour y parvenir lui et moi. Ma priorité ce sont les Africains (du continent ou de la diaspora). Et en aidant mon peuple, je pense que j’aide l’humanité. Dieudo voit l’Humanité d’abord. ET en l’aidant, il pense aider son peuple. Mon discours est controversé aujourd’hui, mais avec le temps, quand les gens auront compris le « SIDA POLITIQUE » qu’est le mondialisme, ils diront que mon discours était des plus cohérents.

AFROKANLIFE : On t’a vu cette année être reçu par des dignitaires vénézuéliens, iraniens et autres. Comment expliques-tu la dimension internationale que tu as prise? Et pourquoi te rapprocher de ces pays?

KS : On arrive dans une ère ou la géopolitique est déterminante, plus seulement pour les élites, mais pour les masses. La télévision, et mes prises de position politico-médiatiques m’ont permis, je pense, de franchir beaucoup de paliers et ont forcé ceux qui m’observaient en secret depuis des années à franchir le pas et venir me voir. Ces pays ne sont pas parfaits, mais sont ceux qui résistent le plus au MONDIALISME. Par conséquent, ils sont les plus diabolisés par l’oligarchie d’Occident. Pas un attentat dans le monde qui ne soit attribué en premier lieu à l’Iran par CNN ou Israel24, et par les valets nègres qui les suivent. Pas une guerre qui ne serait provoquée par cette dernière SELON les iranologues et bien souvent subventionnée par l’OCCIDENT (c’est toujours intéressant de voir dans quel pays les prétendus spécialistes de l’Iran parlent…). Le Venezuela (dont je me sens beaucoup plus proche) est présenté dans un autre ordre d’idée comme un pays dirigé par un cartel qui se présente comme révolutionnaire. Ces deux pays sont les plus salis, car ce sont les plus INSOUMIS au mondialisme. ILS DIRIGENT le mouvement des NON ALIGNÉS, qui est la voie la PLUS RÉVOLUTIONNAIRE comme le disait THOMAS SANKARA. Il était normal donc que je me rapproche de ces derniers, même si, je le dis, ils ne pourront jamais dicter la conduite et les objectifs pour l’Afrique que j’ai. Ce n’est d’ailleurs pas leur démarche. Car ils savent que je ne suis pas un étudiant africain demandeur de visa pour Caracas, ou un étudiant africain adepte du chiisme voulant venir en Iran. Ils voient en moi une voix africaine LIBRE qui porte au sein de la jeunesse africaine et surtout, qui a compris le danger que représente le nouvel ordre mondial. On parle en tant que peuples libres, et on avance ainsi. Je suis un activiste panafricaniste, plongé dans la tradition. Et personne ne m’empêchera de préserver mon identité. Je ne deviens pas PARCE QUE je parle à l’IRAN ou au VENEZUELA, chiite ou vendeur de cachapa (spécialité culinaire vénézuélienne). Et si demain, vous entendez que je me suis rapproché des Russes (par rapport à leur nouveau positionnement vis-à-vis des non-alignés http://fr.ria.ru/world/20120830/195830441.html), cela ne voudra pas dire que je deviens un ambassadeur de la VODKA. L’Africain peut aussi avoir le sens de la stratégie. Et mon combat l’illustre, je pense, depuis des années.

AFROKANLIFE : N’as tu pas des frissons lorsque tu te remémores que tu militais pour la cause des noirs en banlieue parisienne il y a 15 ans, et qu’aujourd’hui des dizaines de milliers de gens suivent tes pas et se déclarent tes partisans?

KS : Le temps passe, mais mon combat ne laisse pas de place à la satisfaction, tant que l’Afrique ne sera pas libre, et tant que mon peuple aux 4 coins du monde ne sera pas respecté, mon ascension politique n’aura à mes yeux aucune valeur.

AFROKANLIFE : Quelles sont les dates de ta tournée?

KS : Mon livre sera disponible sur Amazon à partir du 11 septembre. Je serai à Paris le samedi 13 septembre au Théâtre de la Main D’or, le 20 septembre, je serai à Lyon, le 27 je serai à Bruxelles, le 3 à Marseille (nous sommes en train de régler les derniers détails à ce sujet), du 9 au 15 octobre, je serai en Guadeloupe et en Martinique. Le reste des dates, les lieux précis, etc., vous seront communiquées sur ma page fan. Je suis pressé de voir mon public. Ils sont ma raison de vivre.

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