Olivier Kissita

Tes films sont pour la plupart empreints de scènes qui mettent extrêmement mal à l’aise, comme si tu dévoilais au grand jour des facettes vraiment moches de l’humanité dans une société qui aujourd’hui détourne les yeux lorsqu’elle voit la misère humaine sur son trottoir. Par exemple dans cette scène où tu te fais humilier dans le métro, ou bien cette crispation virile dans le sketch du mauvais joueur. Pourquoi ce parti pris pour des situations qui au final ne sont pas forcément vendeuses, ni porteuses d’un message véritablement concret ? 

Ben en fait, ce qui m’intéresse c’est justement les choses qui frustrent et qui choquent dans la vie quotidienne. Je sors dans la rue, je prends ma voiture ou le métro, et je vois des choses incroyables pour moi, qui surpassent même les meilleurs films de fiction hollywoodiens, et je me dis que ce seraient ces thèmes qu’il faudrait exploiter dans mes webseries, surtout si le spectateur regarde, et s’identifie à une situation qu’il a surement déjà vécue.

Une vraie volonté de péter le quatrième mur, quoi ? 

Ah ça me fait plaisir que tu dises ça, et quelque part, j’ai l’opportunité à travers mes productions de véhiculer des choses… tu vois, comme un photographe dans la rue qui a son matos, prend en photo une image qui l’a touché, puis la diffuse et la partage. Voilà, c’est essentiel, j’aime le partage. Il y a beaucoup de choses qui trottent dans ma tête, et méritent, je pense, d’être traitées et partagées avec un public beaucoup plus large. 

A vrai dire, moi je te soupçonne de t’en amuser, de t’éclater à mettre en scène des situations dégueulasses juste pour la performance, au-delà du fait que cela puisse choquer, le scénario et la thématique n’étant que l’alibi pour la créativité.  

C’est vrai que j’aime bien en tant que comédien, me mettre dans des situations délicates. Disons qu’il y a d’un côté les situations bateau, pas très compliquées à jouer, qui sont vendeuses, plus globales, et de l’autre côté, il y a les situations dont on ne veut pas parler, qu’on ne voit pas forcément à la télé ou au cinéma, mais qui sont tout aussi intéressantes à jouer. Dans ces mêmes médias, on retrouve malheureusement de grosses ficelles, ce sont toujours les mêmes méthodes et procédés qui sont utilisés de manière récurrente et pour les mêmes fins. Pour reprendre ton expression, l’art d’un point de vue large, à partir d’une infinité de thèmes, permet de créer, mettre en scène jouer quelque chose qui peut se révéler intéressant et toucher un large public. Cette infinité dont je te parle par exemple pour ma websérie pourrait même ne jamais s’arrêter, tant il y a matière à explorer. 

C’est quoi cette obsession pour les bus et le métro ? Tu veux rentabiliser à tout prix ta navigo ? 

(Rires) J’aurais bien aimé, j’avoue ! Mais plus sérieusement, le métro, parce que c’est lieu qui concerne tout le monde, pas seulement paris et les grandes villes françaises, mais aussi à l’international. Et surtout c’est un endroit unique avec ses caractéristiques propres, avec ses codes spécifiques: la sociabilité, la courtoisie, la politesse, qu’on ne retrouve pas ailleurs. C’est un lieu où il y a des millions de choses à exploiter, lorsque je m’y trouve, je lève les yeux et j’y vois un tas de situations que je peux réutiliser pour mes projets.   

Quelles sont tes influences cinématographiques ? 

J’en ai beaucoup beaucoup (il réfléchit), je sais pas y en a trop, ça va être dur…là j’ai en tête le travail de Kubrick, de Jack Nicholson, De Niro, Al Pacino en tant qu’acteurs… Christopher Walker, Nolan, Michael Mann. J’aime aussi beaucoup Denzel Washington, et de David Fincher, et je suis fan de l’animation japonaise qui m’a inspiré tout plein de choses, et tellement d’autres sources d’influence qu’il m’est difficile de les énumérer toutes. 

Perso, je trouve que le film 10 years est un tournant dans ta carrière, le genre d’œuvre qui te donne clairement de la crédibilité en tant que réal’. Comme je l’avais déjà décrit, au-delà des thèmes abordés et du traitement réservé à l’histoire, je vois ton film comme un petit condensé de techniques cinématographiques, ce qui l’effet d’un petit tourbillon émotionnel.  Etait-ce là « une démonstration de force »? 

Pour être franc avec toi, j’ai fait une projection privée dès la sortie du film, et j’ai eu pas mal de bons retours et de critiques super constructives, et parmi le public en présence, il y avait un de mes anciens profs de l’école d’art dramatique qui est venu me voir et m’a dit : « Tu veux trop en montrer, comme si tu présentais un spectre trop large de tes compétences, tu n’as pas besoin de tout dévoiler tout ça en une seule fois». Alors peut-être inconsciemment, et je dis bien peut-être, j’ai voulu aborder une multitude de techniques et procédés pour m’éclater. Mais consciemment, je ne suis pas posé la question car je me suis surtout concentré sur le message que je voulais faire passer. Comme tu sais, c’est une collaboration faite avec un de mes amis producteurs qui est aussi musicien et a chanté la chanson dix piges qui apparaît au générique de fin de Ten Years et qui traite de la prison, et j’ai voulu aborder cette thématique sur plusieurs dimensions. C’est à partir de ce postulat que tout a suivi : la mise en scène, le scénario, le découpage, etc… mais ce n’était pas dans le but d’en mettre plein la vue techniquement, tu vois ? 

Je trouve que tes premières vidéos donnent un petit cachet artisanal, genre cinéma de guérilla. Tandis que 10 years, lui, a été tourné avant des méthodes plus professionnelles. Quel fut ton ressenti par rapport à ce changement de conditions de tournage ? 

Eh bien, j’ai vraiment préféré 10 Years. Par opposition aux premières webséries où il fallait être des deux côtés de la caméra, là, j’ai eu beaucoup plus de moyens à ma disposition, et donc de liberté. Et il faut bien avouer que c’est forcément nécessaire aujourd’hui si on veut faire des bons films.  

En effet, je trouve que cela s’est vu dans ton jeu d’acteur où tu avais l’air plus dedans, plus concentré dans ton rôle que j’ai trouvé vraiment juste. A long terme, quel serait ton but de carrière ? 

Le cinéma avec un grand C, donc les long-métrages. Jouer bien entendu, mais réaliser également… Bref, pas évident de choisir entre les deux… plutôt une préférence vers la réal’ vers laquelle je vais surement me mettre à 100 % mais rien n’est sûr néanmoins, en tout cas, cap sur le cinéma !  

Et quels sont tes projets sur le feu ? 

Je suis sur l’écriture de mon deuxième scénario de long-métrage, et en pourparlers sur une série que j’ai proposée à une chaine TV.

En dehors de ton métier quelles sont tes autres passions/activités (massage thaï, lancer de nains, etc…) ?  

Ah oui, alors les arts martiaux, les voyages – oui, j’aimerais vraiment avoir l’occasion à l’avenir de voyager davantage grâce à mon métier – le théâtre, et puis tellement d’autres choses. Mais tu es obligé d’avoir tout un tas de passions, sinon à terme, tu risques de perdre en créativité, entre autre, c’est aussi un peu là que tu puisses ton inspi. 

Et à part ça, une équipe de foot que tu aimerais voir brûler en enfer ? 

Alors, au risque d’en décevoir plus d’un, je ne suis plus du tout foot depuis la coupe du monde 98 ! Alors, oui la France de 98, la Dream Team, je l’adorais ! Mais le Brésil, c’était juste mon enfance, après ce qu’ils ont pris en finale, j’ai eu le cœur foudroyé. Et dire qu’à l’époque, je pratiquais le foot, et là je traîne la patte depuis, c’est dire ! Alors, désolé les mecs, mais j’m’en fous du foot !

Bon, mais tout de même, un joueur de foot mort ou vivant que tu kiffes tellement que même s’il te demandait de jouer dans son équipe au volley-ball avec oursin à la place de la balle, tu dirais oui avec le sourire ?  

Ronaldo ! Mais LE Ronaldo, le vrai, pas la contrefaçon ! Et Roberto Carlos car il me faisait pleurer avec ses accélérations et ses bras lointains, l’un ou autre en tout cas. 

Un chanteur africain qui te fait frémir de plaisir ?

Franchement, Youssou N’Dour !

Un pays où la misère est moins pénible au soleil ?   

Humm (il réfléchit)… ah mais c’est dur d’en choisir un seul ! Peut-être la Guadeloupe, sinon à part ça, je compte partir cette année au Sénégal, j’y suis jamais allé… Et puis au Congo en Septembre – grosse exclu, je suis à moitié congolais et je n’y ai jamais mis les pieds ! – pour un voyage de trois semaines au total.  

Un adage qui te guide ? 

 “If you wanna make the world a better place, take a look at yourself and then make a change.”

 M. Jackson.

Le secret du bonheur ? 

Waouh ! Vivre l’instant présent à FOND ! Vous en pensez quoi les mecs ! 

Touché !


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